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 Prendre l'air

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Abel Rohendel
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MessageSujet: Prendre l'air   Jeu 16 Aoû - 19:46

(Waaah quelle inspiration pour le titre XD... Ahem)

Parfois il lui arrivait d'oublier qu'il y avait un monde extérieur à son petit appartement confortable et rassurant. Ou bien avait-il juste trop peur de ce qu'il pourrait trouver à l'extérieur et préférait donc en ignorer l'existence. Après tout Merlin et Kasen lui suffisait amplement, il n'avait pas besoin de plus de compagnie. Et puis l'idée de tomber nez à nez avec un agent de police -par exemple- le terrifiait. Mais naturellement il ne pouvait pas expliquer ça à son gardien. Du moins pas sans lui raconter les détails de son histoire dont il avait volontairement omis de lui parler. Et il ne sentait pas prêt à dévoiler cette partie de sa vie. D'ailleurs il doutait d'être jamais prêt à le faire tant il avait honte et tant il avait mal. Cette souffrance mêlée de culpabilité qui l'assaillait irrémédiablement lorsqu'il abordait le sujet lui était bien trop insupportable. Et puis... Qu'est-ce que Kasen aurait pensé de lui si il avait su la vérité ? Abel n'aurait pas supporter qu'il le voit comme un monstre ou un assassin, il n'aurait pas supporter le regard déçut et dégoûté qu'il aurait sans aucun doutes posé sur lui.

Toujours est-il qu'il se refusait obstinément à mettre le nez dehors. Pourtant prendre l'air lui ferait certainement le plus grand bien et son teint pâle réclamait un peu de soleil. Il est vrai qu'il avait presque l'air maladif... Et puis rester ici l'oppressait par moment, lorsque l'envie de dessiner se faisait trop forte. De se savoir si près d'un monde qu'il ne pouvait pas atteindre le rendait parfois fou de détresse, surtout qu'il lui aurait suffit d'ouvrir une porte pour se retrouver dans son atelier où se trouvait tout ce qui lui était nécessaire pour dessiner. Aujourd'hui était un jour comme ça, où il s'était réveillé au matin avec l'envie de saisir un crayon, et ce désir ne l'avait pas quitté depuis. Aussi avait-il accepté sans réfléchir lorsque Kasen lui avait proposé d'aller faire un tour. Le blond avait besoin de s'éloigner de cet endroit, de se changer les idées.

Cependant il n'avait pas fais un pas en dehors de son appartement que ses obsessions paranoïaques l'avaient aussitôt assaillies. Une angoisse irrationnelle le poussait à jeter des regards nerveux de tous côtés, à observer le moindre passant avec suspicion et à se retourner régulièrement pour vérifier s'ils étaient suivis. Son attitude était étrangement trop méfiante et il ressemblait véritablement à une bête traquée. Il prêtait à peine attention à ce que lui disait son gardien et répondait distraitement et rapidement.

Lorsqu'ils atteignirent le jardin public, son angoisse monta encore d'un cran. Trop de gens à son goût avaient choisit comme eux le parc comme cadre idéal pour une promenade en cette après-midi ensoleillée. Il essaya vaguement de se raisonner en ce disant que ce n'était pas maintenant qu'on allait commencer à le soupçonner et que jusqu'à maintenant la police n'avait jamais envisagé l'idée qu'il soit le coupable qu'ils cherchaient. Il n'y avait donc aucune raison qu'il s'inquiète ainsi. Mais c'était plus fort que lui...

(Réservé à Kasen -au moins pour le début- ^^)
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Kasen Remos
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MessageSujet: Re: Prendre l'air   Ven 17 Aoû - 15:11

Kasen avait regardé le soleil se lever. Il y avait une fenêtre qui donnait vers l'Est, dans l'appartement d'Abel, voilée par de fins rideaux blancs. Il les avait écartés, et s'était accroupi devant la vitre pour regarder le ciel quitter son manteau noir, dévoiler peu à peu sa peau bleutée frémissante sous les caresses colorées, dorée et roses de l'Aube.
Les extrémités de ses doigts couraient sur la vitre, pianotant parfois lorsqu'un air sans nom mais pourtant familier lui traversait l'esprit.
Abel dormait encore. Mais même entre les bras de Morphée, son jeune protégé paraissait soucieux et troublé. Kasen ne savait pas tout de lui, bien sûr…Il y avait des choses que son mortel refusait –et refuserait peut-être toujours- de lui confier. Il acceptait cela, mais en concevait une profonde inquiétude. Il aimait Abel, après tout…et c'était son devoir de le protéger. Même quand cette menace prenait la fantomatique apparence du Passé.
Abel était dévoré par cette chose; il refusait toujours de sortir. Il refusait d'ouvrir cette porte condamnée. Au final il ne vivait plus, il ne faisait que survivre lamentablement.

Le temps passa. Lassé de sa contemplation de la ville encore ensommeillée, Kasen resta à contempler Merlin, qui tournoyait comme d'habitude dans son bocal. Abel se réveilla, passa devant eux d'une démarche de zombi en direction de la cuisine pour prendre son petit-déjeuner. Kasen leva son regard gris perle vers lui, guettant un indice physique de son humeur du jour. Rien de bien encourageant: Abel paraissait perturbé, comme si des nuages orageux s'amoncelaient dans son esprit pour le tourmenter.
L'Ange Grec pénétra à son tour dans la cuisine, et salua son protégé avant de subtiliser un petit paquet de biscuits aux chocolats –Kasen raffolait de sucreries, et son mortel en faisait depuis un bon moment les frais. Il observa un silence qui lui était coutumier, dévisageant avec une douceur sereine le jeune homme blond. Abel était fragile, il le savait. Il ne fallait pas le brusquer, sinon il se braquerait encore plus.
Il attendit encore longtemps, sans dire un mot, mais croisant toujours son regard quand Abel le recherchait, et lui adressant toujours ces sourires légers bien plus explicites que les mots. Puis, aux alentours d'une heure de l'après-midi, alors que le Mortel était occupé à nourrir son poisson rouge, Kasen s'approcha doucement et fit d'une voix basse:

"Abel…tu ne voudrais pas sortir un peu aujourd'hui? Il fait très beau."

Sa surprise fut de taille lorsqu'Abel accepta sans hésitation sa proposition. D'habitude, il esquivait et refusait toujours de sortir, terrassé par cette peur que Kasen ne comprenait pas.


L'extérieur…Kasen leva les yeux vers le ciel limpide, le visage impassible. Mais il était content, en fait. Sortir lui faisait du bien, personnellement ; et il veillerait à ce que ce soit le cas pour son mortel.
Il donna un léger coup de pied au sol tout en déployant ses grandes ailes sombres et frémissantes pour s'envoler. Une apparence illusoire, mais Kasen aimait se donner l'image d'un oiseau –il se souvenait avoir beaucoup envié les maîtres du ciel, étant jeune. Il gagna un peu de hauteur, observant légèrement les alentours avant de redescendre aux côtés de son mortel. Abel frisait la paranoïa –ou bien y était plongé jusqu'au cou, cela restait à voir. Il lui adressa un sourire doux, et posa une main sur son épaule. Un sourire qui signifiait "tout va bien", un geste de main qui voulait dire "je suis là". Mais comme le blond ne faisait que se retourner, dévisager les passants avec angoisse et tordre ses mains agitées de tremblements, Kasen se pencha vers lui et lui souffla à l'oreille:

"Détends-toi, Abel. Il ne t'arrivera rien."

Il se retint d'ajouter "puisque je suis avec toi". Cela lui paraissait évident, après tout. Il pressa légèrement l'épaule du frêle garçon à sa charge, puis le lâcha. Abel n'était pas décidé à lui parler activement, aujourd'hui.
Ils se dirigeaient vers le jardin municipal. Un coin paisible. Les allées de gravier blanc-crème serpentant entre les espaces herbus lui étaient agréablement familières, mais il était incapable d'évoquer le moindre souvenir précis relatif à ce lieu.
Le Grec passa une main dans sa crinière d'ébène, se réjouissant de ce paysage respirant la tranquillité. Son regard d'argent s'attarda sur des enfants en bas-âge se dandinant à quelques pas de leurs parents en émettant des sons proches des trilles d'oiseaux. Puis sur la foule de pigeons et autres volatiles se pressant autour d'une vieille femme assise sur un banc, puis sur cet automate déguisé en Pierrot qui observait une immobilité parfaite jusqu'à ce que le tintement des pièces lui arrache des expressions et des gestes merveilleusement travaillées.
Si Kasen avait été quelqu'un d'expressif, il aurait tout l'air d'un bienheureux gambadant allègrement autours de ces gens qui ne le voyaient pas. Mais étant ce qu'il était, il conservait un air placide et méditatif, ne faisant que tourner la tête à gauche ou à droite pour suivre l'agitation des lieux.

Kasen finit par s'arrêter aux côtés d'Abel près d'un banc. L'Ange étira ses bras au-dessus de sa tête en poussant un soupir de contentement, ses ailes s'étendant de toute leur envergure dans une même optique. Il posa son regard sur le blond, et la tête se pencha très légèrement de côté. L'humain était nerveux, et cela se voyait beaucoup trop. Avec un très léger sourire, il lui fit remarquer d'une voix où ne pointait aucun reproche:

"Tu es trop tendu…"
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Abel Rohendel
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MessageSujet: Re: Prendre l'air   Sam 22 Sep - 12:58

"Tu es trop tendu…"

Abel sursauta légèrement au son de la voix de Kasen qui observait un silence absolu depuis quelques minutes maintenant. Il cessa alors d’épier avec minutie le moindre promeneur du parc pour fixer le grec de ses immenses yeux noisette. Le jeune homme dévisageait son gardien d’un regard scrutateur et sans gêne comme s’il cherchait à s’expliquer quelque chose qui lui échappait, à trouver dans cette observation la réponse à une énigme mystérieuse… Bien évidemment, cela lui donnait l’air de contempler le vide avec insistance et son attitude devait sans doute faire un curieux effet à tous ces gens qui profitaient de leur après-midi. Mais le blond semblait les avoir soudainement oublié, au moins pour un instant. Son regard demeurait braqué sur le brun, son visage impassible et cette sérénité absolue qui semblait presque émaner de lui…

Il se demandait comment il faisait. Comment il arrivait à rester si calme, si paisible, à poser toujours un regard si doux et si neutre à la fois sur tout ce qui l’entourait. Sur lui. Comment il pouvait supporter sa nervosité et ses sautes d’humeur, ses peurs irrationnelles et ses crises aussi violentes qu’inattendues. Il l’enviait presque à cet instant. Il l’enviait de ne plus être vraiment humain, de ne plus avoir à souffrir d'une existence de mortel, d’être si apaisé à tout instant. Il semblait presque survoler l’existence et le monde comme s’il ne faisait qu’y passer. C’était un peu le cas… Il était là pour lui. Ou à cause de lui ?

"Je sais… Pardon."

Il détourna brusquement son regard et s’assit sur le banc auprès duquel ils s’étaient arrêtés avec un léger soupir las.

"Je ne peux pas m’en empêcher…"

En cela il était complètement l’opposé de son ange gardien.
Il releva une de ses jambes, la repliant contre lui et l’entourant d’un bras, son talon appuyé au bord du banc. Machinalement il attrapa un bâton qui traînait par terre et se mit à jouer avec quelques secondes avant de commencer à tracer de vagues arabesques dans le sable de l’allée. Il semblait à peine se rendre compte de ce qu’il faisait. Il réfléchissait, les sourcils légèrement froncés sur grands yeux songeurs.

"Dis, Kasen…"

Il murmurait à peine, moins parce qu’il craignait qu’on ne le prenne pour un fou à parler tout seul que parce que son hésitation le retenait. Il ne savait pas vraiment si il devait poser cette question mais… Le brun lui avait assez répéter qu’il pouvait lui parler de tout ce qu’il souhaitait…

"Qu’est ce que ça fait… Quand on meurt ?"

Lui voyait ça comme une sorte de soulagement, une libération tellement attendue. Et cela lui faisait peur. Il en venait parfois à souhaiter mourir, et il en était proprement terrifié. Ce n’était pas le fait de mourir en soi qui lui faisait peur, mais bien plutôt de savoir qu’il en venait à le souhaiter. Léandre n’aurait pas voulu ça… Et lui ne voulait pas ça. Il voulait… Il ne savait plus très bien ce qu’il voulait. Mais l’arrivée de Kasen dans sa vie lui avait au moins fait prendre conscience qu’il ne voulait pas mourir. Mais parfois son désespoir était si profond qu’il parvenait à envisager cela comme une possibilité. Quelque part, peut-être qu’il espérait que la réponse de son gardien serait si horrible que cela le dissuaderait ne serait-ce que de songer à la mort.

Sur le sol poussiéreux se dessinait à présent l’esquisse grossière d’une maisonnette perchée dans des collines qu’on imaginait aisément verdoyantes et fleuries. Abel commençait juste à se dire qu’il était bel et bien en train de dessiner –même si les termes ‘tracer sommairement’ auraient été plus appropriés-. De surprise, ses sourcils se haussèrent légèrement, manifestation discrète d’un étonnement plein d’espoir.
A cet instant sa main trembla. Le bâton se brisa entre ses doigts. Il y eu une seconde de flottement.

Dans un brusque mouvement de rage il envoya valser au loin la moitié de bâton qu’il tenait encore, et, raclant le sol de son pied gauche, effaça ses gribouillages informes et poussiéreux sans qu’un seul mot ne franchisse ses lèvres serrées. Il en aurait presque eu les larmes aux yeux.
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Kasen Remos
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MessageSujet: Re: Prendre l'air   Jeu 25 Oct - 16:34

Kasen poussa un soupir intérieur en soutenant le regard d'Abel. Abel, noyé dans sa mélancolie innommée, étranglé par une ombre sans visage, englouti par une peur spectrale…Abel aux grands yeux noisettes. D'immenses yeux couleur chocolat…
Et cette cuisante impression de déjà-vu qui lui pinçait le cœur.

Mais, comme d'habitude, il tut sans détour ce filet de réminiscences au goût de pluie. Il ne voulait pas de ça, et encore moins maintenant…
Alors que le peintre s'excusait du bout des lèvres, le Grec s'assit à son tour sur le banc, légèrement penché en avant et les coudes appuyés sur ses genoux. Son regard gris suivit placidement les lignes que l'humain traçait dans le sable mêlé de gravier blanc, armé d'une fine branche.

"Dis, Kasen…Qu’est ce que ça fait… Quand on meurt ?"

L'Ange cligna des yeux sous l'effet de la surprise, et se redressa légèrement pour planter ses yeux sur le visage méditatif d'Abel. Mais une ombre de sourire vint adoucir son visage, et estomper l'impression de gravité irritée qu'il dégageait jusque là.
Quelle question…intéressante.

"Je ne m'en souviens pas."

Son ton était neutre, mais lent et bas comme une pensée personnelle. Non, il ne s'en souvenait pas, ou alors très peu. Juste des "impressions", insaisissables, mais bien présentes.

"Je sais juste que j'étais triste…comme si... je ne l'avais pas mérité."

Kasen redevint silencieux, soupesant ses propres paroles. "Mérité"? Il ne se souvenait même plus des circonstances de sa mort! Avait-il été un être humain suffisamment imbu de lui-même pour penser qu'il ne méritait pas de mourir…? Non, honnêtement, il ne le pensait pas.
Mais de toute façon, Abel était trop occupé à frotter rageusement le sable de ses semelles. Le Grec le regarda faire sans rien dire, sans rien penser; il ne comprenait pas. Ou plutôt, il lui manquait des pièces au puzzle prénommé Abel…le peintre qui ne supportait plus la vue de peinture.

"Abel."

Le blond gardait la tête baissée.
Kasen hésita l'espace d'une seconde –une seconde d'éternité-, puis tendit une main vers la joue du jeune homme pour repousser les mèches blondes qui envahissaient ses tempes. Ses cheveux coulaient entre ses doigts comme de la soie, mais il ôta bien vite sa main –sans brusquerie cependant-, et la sensation se fit doux souvenir, et le souvenir devint fragrance étiolée.

"La Mort empêche de faire beaucoup de chose. Je ne dis pas qu'elle est horrible; ce serait mentir… Mais elle nous prive de beaucoup plus de choses qu'on ne le croit."

Kasen releva légèrement les yeux vers le parc. Ça, par exemple. Ce genre de spectacles vibrant de vie, ce déluge de lumière et ce vent léger et embaumé. Le ciel pur. Les nuages moutonneux. Et la mer, ah! La mer…
Le Grec ferma les yeux, une ombre de sourire sur les lèvres. Il espérait qu'Abel voyait et comprenait la beauté absolue de son monde. Et à quel point la mort pouvait paraître ignoble de noirceur et d'ennuie en comparaison. Mais il comprenait certainement…
N'était-il pas un artiste, après tout?
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Abel Rohendel
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MessageSujet: Re: Prendre l'air   Jeu 1 Nov - 21:06

ABEL…
La voix basse et douce semblait venir de si loin, elle lui parvenait assourdie, distante, comme si elle avait traversé des kilomètres pour venir jusqu’à lui.
Abel. Ce prénom. Ce prénom sur ces lèvres. Ses lèvres. Méritait-il la sollicitude qui se devinait dans ces deux syllabes ?
Ce prénom… Abel la victime, Abel le frère trahi, le frère assassiné. Abel devenu meurtrier. La mort était née au creux de ses mains tremblantes, cette mort qui, un jour, avait rendu Kasen si triste. Bien sur qu’il ne l’avait pas mérité, qui mériterait de mourir ?

Il ferma les yeux aussi fort qu’il pu. Ses cheveux ruisselaient autour de son visage, comme pour le masquer à la vue des autres, le cacher, lui et l’acte odieux qui pesait sur sa conscience de tout son poids, l’écrasant d’une culpabilité intestine mordante et brûlante. Son immobilité soudaine fut brisé lorsqu’il senti le contact douloureusement familier mais malgré tout surprenant d’une main sur sa joue, écartant les mèches pâles qui l’encombraient. Il sursauta alors qu’un frisson irrépressible ébranlait son être tout entier, réaction presque inconsciente, instinctive face à quelque chose dont il avait depuis longtemps perdu l’habitude. Cette marque de tendresse, aussi anodine qu’elle puisse paraître, éveilla en lui la sensation d’un souvenir revécu physiquement, réminiscence troublante d’un temps où il y avait encore quelqu’un pour caresser sa joue ainsi. Il aurait presque souhaiter qu’elle s’attarde encore un peu mais la main étrangère s’enfui bien vite et disparu dans l’immensité du monde extérieur qui effrayait tant Abel. Il la suivit des yeux, à présent que son horizon n’était plus clôturé par ses longs cheveux blonds, et son regard s’ancra à nouveau sur Kasen.

"La Mort empêche de faire beaucoup de chose. Je ne dis pas qu'elle est horrible; ce serait mentir… Mais elle nous prive de beaucoup plus de choses qu'on ne le croit."

Il suivit le regard de son gardien et ses grands yeux voilés d’amertume s’attardèrent eux aussi sur le paysage ensoleillé, coloré, respirant la joie et la douceur de ce genre d’après-midi particulier, comme arraché au temps, une sorte de trêve dans l’existence, comme si les secondes se figeaient soudainement sur une vision étincelante. Si il avait encore été capable de peindre le bonheur sur une toile, c’est sans doute ainsi qu’il aurait choisi de le représenter. Un paysage barbouillé de nuances de colorées, des rires en forme d’étoiles scintillantes, et un ciel d’un bleu irréel.

Léandre avait-il conscience de tout ce qu’il allait perdre en mourrant ? Avait-il su voir ce que ce monde offrait ? Et lui, Abel, avait-il eu conscience qu’il le priverait de tout cela en même temps qu’il lui arracherait sa vie en appuyant sur la gâchette ? Et lui, qu’avait-il perdu ? Son âme sans doute… Il ne savait plus voir toutes ces couleurs, il n’avait même plus conscience qu’elles existaient. Il ne pouvait plus peindre… Un artiste a besoin de son âme. Et lui n’était plus rien qu’une coquille vide, habité de souvenirs et rongé de remords, un cœur souillé qui battait de travers, trop abîmé par la souffrance et frappé d’horreur par ses propres actes.

Les larmes lui montèrent aux yeux, brouillant les couleurs, détraquant le paysage chamarré, noyant la joie simple de cet après-midi dans un océan de chagrin. Ses deux mains tremblaient à présent, en poings serrés sur ses genoux.

« Un assassin… Ne mériterait pas… ça. Toutes ces couleurs… »

Les sanglots se pressaient dans sa gorge et tremblaient dans sa voix, l’étouffant presque alors que les mots lui échappaient presque malgré lui.

« Un assassin ne mériterait pas de vivre… N’est ce pas ? »

Et les sanglots s’échappèrent, les larmes glissant sur ses joues jusqu’à ce qu’il sente sur ses lèvres tremblantes le goût salé de sa peine.
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