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 He's a Cold Hearted Snake. [Libre ^^]

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Edward Kinsale
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MessageSujet: He's a Cold Hearted Snake. [Libre ^^]   Dim 1 Juil - 21:55

Edward avait mal dormi. Et même pas pour abus de boisson la veille ou à cause de l'absorption de substances illicites. Non, pour une fois, il se trouvait être totalement clean la soirée précédente. Alors pourquoi ? Il n'aurait su dire si ce sommeil léger était dû à la chaleur ambiante, et encore une fois il s'agissait peut-être d'une impression illusoire, ou bien si il devait ses multiples réveils à quelques cauchemars indésirables. A 18 ans, on ne fait plus de cauchemars Edward K. Et pourtant, combien de fois s'était-il réveillé, la respiration saccadée, en sueur, ses cheveux noirs collés à son front, lui barrant la vue ? Combien de fois avait-il cru se trouver en proie à des spectres dont il n'avait su identifier les traits ? Combien de fois avait-il dû retenir ce cri qui s'élevait tout au fond de sa gorge pour y mourir l'instant suivant ? Combien de fois s'était-il fait violence pour ne pas se rendormir ? Combien de fois ... Il ne les comptait plus. La nuit était passée, non sans mal, mais elle était passée, dieu merci. Alors pourquoi continuait-il de tergiverser ? Il aurait tout aussi bien pu oublier cette soirée atroce. Mais non. Il ne comprenait pas ce qui avait motivé ces visions apocalyptiques. Il aurait voulu s'en rappeler délibérément. De quoi as-tu rêvé ? Quels esprits gouvernaient tes songes ? Et le pire, il ne s'en souvenait pas, et ne pouvait donc pas comprendre, ni faire le rapprochement avec certains éléments qui auraient éventuellement peuplé sa journée, sa semaine. Rien. Le black-out intellectuel. Le néant. Fort dommage.

Alors il avait décidé de s'aérer l'esprit. Edward n'était pas quelqu'un de particulièrement déterminé, mais il aurait vraiment désiré déchirer l'aura de mystère qui enveloppait cette nuit. Mais il était aussi une personne totalement résignée. Alors, après avoir cogité pendant un moment, trop long de son point de vue, il avait finalement décidé de renoncer à comprendre le pourquoi du comment de cette soirée étrange. Néanmoins, ces pensées revenaient le harasser, et il avait compris depuis bien longtemps que le meilleur moyen de tenter d'oublier quelque chose de passablement troublant était de s'occuper, avec tout et surtout n'importe quoi. Alors, sur un coup de tête, ce qui ne lui arrivait qu'une fois tous les dix-huit mois en encore, pas les années bissextiles, il résolut de se rendre au Vivarium. Pourquoi ici et pas ailleurs, il ne savait pas bien lui-même ce qui avait motivé sa décision. Sans doute, parce que même si il n'avait pas mûrement réfléchi cette expédition, ses méninges tournaient tout de même : le Vivarium peuplé par des serpents et autres créatures passablement inquiétantes. Y seraient présentes les personnes désirant se faire peur ... ou bien les passionnés.

Mais à vrai dire, il n'était pas d'humeur à l'observation. Il avait surtout besoin d'être au calme, une fois n'était pas coutume, et le jeune Kinsale songeait qu'en raison de l'aspect effrayant de ces créatures, peu d'individus peupleraient les lieux. Surtout le matin. L'anglais avait donc passé le seuil du Vivarium et ses 'prédictions' s'étaient avérées plutôt justes. Sans trop y prêter attention, il passa devant les vitres derrière lesquelles se trouvaient les phasmes, les tortues, les crocodiles ... Et étrangement, ce fut le reptile par excellence qui attira son attention : un serpent, un python que les collectionneurs auraient qualifiés de magnifique. Edward n'était pas un spécialiste en la matière, mais il tomba en arrêt devant cette vitrine. Inconsciemment, il plaça sa main contre la vitre froide dont le contact le fit imperceptiblement frissonner. De l'autre, il serrait toujours le pommeau de sa canne. De ses grands yeux noirs, il fixa l'animal dont le calme l'effrayait un peu, il fallait bien l'avouer. Il était presque immobile. Il resta là, de longs instants, et fut totalement déconcerté de constater à quel point ils se ressemblaient. L'homme et l'animal.

He's a Cold Hearted Snake. Look into his Eyes.
Tous deux d'un calme olympien, profondément agaçant parfois. Sans aucune brusquerie dans les gestes. Des mouvements d'une douceur trompeuse. Ils se faufilaient imperceptiblement, insidieusement, dans l'univers où ils évoluaient. Insensibles ? En apparence, certes. Et cette vérité aurait même pu être absolue pour le jeune anglais. Absolue, si on ne prenait pas en compte cette soirée qu'il avait passée avec deux personnes. Spéciales. Et, il ne savait comment, il ne savait pourquoi, elles avaient réussi à le toucher. Kim. Sakuya. Il ne voulait même pas réfléchir à la nature de ses sentiments à leur égard, crainte d'y rencontrer quelque élément indésirable. Néanmoins, cette rencontre l'avait indubitablement troublé. L'ordure avait un coeur, qui l'eut cru ...
Et un regard. Celui du reptile qui se tenait devant lui était ambré. Magnifique. Le sien, noir de jais. Mais ils possédaient un point commun indiscutable : on ne pouvait percer leurs intentions en les sondant simplement. Une forteresse impénétrable.

He's been telling lies.
Et trompeur avec ça. Oui, Edward était un menteur. A faire croire tout et surtout n'importe quoi à n'importe qui. Un tentateur. Comme le serpent de la Genèse, murmurant de sa voix doucereuse les paroles qui perdront Adam et Eve. Bien sûr, les siennes n'avaient pas cette ampleur. Il n'avait jamais conduit personne à sa perte. Mais il les avait trompées en beauté toutes celles qu'il avait séduites pour les abandonner le jour venu. Elles l'avaient cru pourtant. Oh oui. Et il jubilait intérieurement de sa crédibilité, de la réussite des mensonges orchestrés avec plus ou moins de facilité. A la différence près du Serpent, il ne représentait pas le Mal, n'en était pas l'emblème. Si il avait du symboliser quelque chose, ça aurait été la décadence, la débauche, la démesure. Mais pas le Mal. Certains faisaient bien pire que lui. Il se contenter de duper. Et cela lui suffisait.

Tout en réfléchissant, la main toujours sur la vitre et fixant toujours l'animal, il ne s'aperçut pas qu'il n'était pas le seul à admirer le python ...


[Les paroles c'est Paula Abdul -_________-"""" *dehors*]

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Julie
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MessageSujet: Re: He's a Cold Hearted Snake. [Libre ^^]   Lun 2 Juil - 15:03

[je tape l'incruste ! ^^]

Une petite brise ne concernant qu’elle. Une petite brise venue déposer là un pétale de rose. Les yeux clos, elle sentit tout à la fois le sol l’air les sons la caresse des mèches échappées venues boucler tout autour de son visage. La bouche entre ouverte elle leva son visage au ciel et ouvrit son regard noir comme l’encre…
Pour ne voir qu’un plafond blanc et somme toute lugubre. Un plafond blanc. Un hôpital. Un hôpital ! songea-t-elle avec un léger glapissement.

Ce plafond, en un instant seulement l’avait replongée dans sa précédente mission. Il était mort ! Il avait donc fini par mourir. Lui, sous ses yeux tout comme le poète. Il était mort avec le sourire. Et la première chose qu’elle voyait à son « retour » était ce plafond d’un blanc immaculé. Le destin était doté d’un sens des coïncidences bien cruel.

Alors la voilà revenue, la Rose Noire. La voilà de retour parmi les vivants, à la recherche d’un nouveau mortel. Elle était dans la même tenue que lors du dernier instant passé ici bas. Simplement vêtue d’une chemise blanche découvrant des jambes ciselées et graciles, laissant dans le dos sortir ses deux grandes ailes noires, elle fit quelques pas dans ce couloir avant de tomber sur une affichette pour le moins surprenante. « Serpents » Elle haussa un sourcil délicat, levant tout à la fois les mains pour regrouper ses cheveux de jais sur sa nuque et récupérer les quelques mèches qui s’en étaient échappées. Certaines lui échappèrent tout de même, mais elle abaissa ses bras et les laissa ballants tout en pénétrant la salle des serpents. Il n’y avait là que très peu de monde, et plus elle s’enfonçait dans les couloirs plus elle se retrouvait seule. Seule ? Il étaient rares en tout cas ceux qui traînaient ici. Et aucun ne lui prêta la moindre attention, ce qui signifiait bien que son mortel n’était pas là. Ce qui signifiait même qu’aucun mortel n’était là. Car elle avait appris que les autres mortels, ceux dont elle ne se chargeait pas, la voyaient également. En Prusse ils avaient été des plus nombreux. Ils la voyaient pratiquement tous. En Allemagne également. Mais ici personne. A croire que tous ces bonnes gens se portaient pour le mieux. Elle posait sur eux un regard délicat, presque caressant, avant de les abandonner pour un autre. Elle n’avait pas de nom, pas d’indication, si ce n’était cette petite chaleur qui dansait discrètement au creux de son ventre. Elle s’arrêtait de temps à autre, battant de ses ailes d’un air crispé. Elle n’aimait pas trop cet endroit. Ca n’était pas dû aux serpents, mais plutôt au caractère clos du lieu. Ainsi qu’à ce blanc, partout. Elle qui semblait dessinée en noir et blanc y ressortait beaucoup trop.
Sa démarche coulée la porta jusque devant une petite vipère qui leva une tête curieuse pour l’observer. La Gardienne haussa les épaules, laissa deux doigts effleurer la vitre. L’animal semblait la voir.


« Y a-t-il des gardiens pour les êtres tels que toi ? » susurra-t-elle dans un anglais désarticulé. « Protège-t-on les prisonniers de ces cages de verre… ? »

Le serpent se dressa un peu plus. Il la voyait vraiment et plongeait son regard jaune à la pupille déchirante dans celui d’obsidienne de Julie. Elle poussa un soupir alors qu’une petite fille poussa un cri suraigu qui fit vibrer la vitre et effara tant le reptile qu’il fila se cacher. La Gardienne, qui n’avait que peu d’empathie pour les enfants, se recula aussitôt, les ailes grandes ouvertes, et les replia pour se plaquer au mur et observer, impuissante, le démon aux cheveux d’or frapper la vitre sous l’œil amusé de Papa. Elle qui n’avait jamais eu de père autre qu’un Lord proxénète ne regarda pas d’un bon œil cet homme passif. Elle plissa les yeux et, toujours pieds nus, traversa la salle pour en rejoindre une autre.

Il n’y avait là qu’un homme. Un jeune homme brun, dont elle ne vit pas grand-chose, qui observait calmement cette fois un serpent. Elle n’avait pas la moindre connaissance en la matière, et n’eut pas le moins du monde envie de s’approcher pour lire la petite plaque qui se trouvait à côté du grand vivarium. Elle fronça les sourcils, laissa un soupir inaudible lui échapper puis, ne laissant entendre qu’un très faible froissement d’ailes, jeta un regard aux deux sorties qui s’offraient. Elle devrait se mettre immédiatement en quête de son Mortel. Ca valait mieux, elle ignorait pour quelle raison elle était là cette fois, mais elle ne devait pas écarter le risque que son intervention soit pour le moins urgente. Seulement… Seulement le lieu où tombait un gardien avait un sens, et elle voulait découvrir lequel. La fois précédente, ce fut un hôpital. Non pas celui où elle rencontra l’Américain, mais un autre, voisin. Elle entendit le diagnostic Sida pour la première fois de sa longue existence. Pour ce qui était du célèbre poète, ce fut aux Pays Bas, sur un port aux douces teintes orangers.
Chaque arrivée avait son sens. En quoi ces reptiles faisaient-ils sens pour elle ? Elle battit une nouvelle fois des ailes, un peu absente. Seule car invisible de tous. Elle fit deux pas songeurs, ses pieds fins se posant l’un derrière l’autre, son regard noir plongé dans les rainures entre les dalles comme dans de profondes Abysses. Elle crispa son dos, creusa un peu les omoplates sur lesquelles étaient enchâssées les solides ailes d’ombre, puis s’approcha finalement de la vitre et y appuya son front. Elle observa le serpent. Il était bien plus gros celui-là. Elle ne savait toujours pas quelle était sa race, car le jeune homme occultait la plaque. Mais à vrai dire elle n’en avait rien à faire. Elle fronça les sourcils sans lâcher la créature des yeux. Il était muet. Enfin, ils étaient muets.

Elle prit une profonde inspiration, tira d’une main légère sur la chemise pour l’abaisser un peu puis dit d’une voix à la fois douce et rauque, dans son anglais du XVIIIeme :
« Mais qui es-tu donc… ? »

Cela s’adressait tout à la fois au serpent et à son Mortel absent. Elle devait chercher tout au fond d’elle-même pour collecter les informations. Elle devait se fier à la chaleur qui n’avait pas encore naquit en son âme. Ou alors qui demeurait encore si ténue…

Par où commencer ? Elle ignorait jusqu’à la ville où elle se trouvait. Finalement, elle ferma les yeux et appuya ses mains de part et d’autre de son front. Elle ajouta, parlant cette fois au reptile qui avait plus de chance de la voir que le jeune homme, toujours en anglais :
« Le sais-tu, toi ? »

Un sourire délicat vint se dessiner sur ses lèvres fines et elle poussa sur ses mains pour se décoller de la vitre, sensiblement cambrée. Elle n’observait pas le jeune homme. A quoi bon puisque, sans nul doute, il ne la voyait pas ? Elle battit un peu plus des ailes, comme en réponse aux ondulations paresseuses de l’animal… Le geste créa une légère bourrasque qui rabattit ses mèches brunes sur son front diaphane.

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Dernière édition par le Mar 3 Juil - 15:51, édité 1 fois
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Edward Kinsale
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MessageSujet: Re: He's a Cold Hearted Snake. [Libre ^^]   Lun 2 Juil - 22:06

La main toujours apposée à la vitre, Edward ne bougeait pas, aussi immobile que le serpent qu'il observait consciencieusement. Il respirait lentement, silencieusement. Son regard même ne cillait pas, et ses paupières abaissaient sur ses yeux, leur voile avec lenteur. Ces derniers nageaient dans le vague aussi, ce regard pourtant habituellement vif et perçant, ce regard insondable ne paraissait plus fixer que le serpent. Et encore, c'était à se demander si il portait réellement son attention sur quelque chose. Etrangement, il lui semblait que le serpent lui renvoyait ce regard. L'animal se trouvait lui aussi dans une immobilité des plus totales, sa langue fourchue s'échappait quelques fois de sa gueule dans un sifflement qu'il imaginait à défaut de l'entendre. Une ondulation agitait de temps à autre le bout de son corps dans un frémissement imperceptible. Edward resserrait parfois son étreinte sur le pommeau de la canne que son état quasi léthargique manquait de laisser tomber. Toujours personne. L'endroit baignait dans un silence de plomb, dominé par un calme étonnant, à l'image des deux protagonistes qui le peuplaient. L'un seul dans le Vivarium et l'autre isolée derrière une vitre. Nous sommes si semblables et cela en devient presque effrayant. L'anglais se félicita de sa venue ici et songea qu'il aurait manqué quelque chose en restant chez lui, où en hantant les rues, comme à l'accoutumée.

A l'origine, car chacun de ses faits et gestes en avaient une, il s'était rendu là pour tenter d'oublier la nuit passée qui virait chez lui à l'obsession. Et il fallait dire que sa ruse fonctionnait plutôt bien. Il n'y pensait déjà plus, presque hypnotisé par le python. Bien sûr, le jeune homme était loin d'être dupe, et il savait pertinemment que sitôt cette visite achevée, ses interrogations reviendraient le submerger comme une vague à l'assaut d'une falaise. Et elles auraient raison de lui, puisqu'il les fuirait sans doute comme il le faisait actuellement. Edward était lâche, irrécupérablement lâche, et il savait mieux que quiconque qu'il n'était jamais bon de remuer les souvenirs. Néanmoins, bien qu'il fasse pour l'instant abstraction des questions qui le tourmentaient, son comportement demeurait inchangé : il tenait davantage du spectre de lui-même qu'à son personnage habituel. Une ombre. Et cela ne lui arrivait pas souvent. Loin de lui l'idée de faire de l'introspection, mais il lui semblait que les doutes, son attachement à certains détails jugés en temps normal parfaitement insignifiants et autres éléments du même acabit se manifestaient davantage depuis cette fameuse soirée en compagnie de Kim et Sakuya. Le second était un partenaire de jeu excessivement agréable. La première ne pensait être que sa proie. Mais elle n'avait sans doute pas conscience de sa victoire. Bien que cette dernière n'ait pas été évidente à ses yeux, elle existait pourtant bien. Elle avait réussi à provoquer, à éveiller certains aspects de sa personnalité qu'il n'aurait plus soupçonnés. Avant cela, il avait acquis la quasi certitude que les doutes ne feraient plus partie de sa vie puisqu'il en était le maître, seigneur de sa conduite et de ses actes, régnant sur ses sujets. Problème : il avait omis de prendre en compte le paramètre 'rencontres particulières', et désormais, il voguait sur la mer du doute.

Toujours perdu dans ses pensées, il ne s'aperçut de la présence d'une autre personne que lorsque le serpent détourna son regard de lui pour ... une jeune fille. De la même manière que son homologue reptilien, la main toujours sur la vitre, il posa ses yeux sur elle, cherchant son regard. Au premier coup d'oeil, il l'aurait jugée du même âge que lui, guère plus. Ce n'est que plus tardivement qu'il s'aperçut que comme Natsumi, comme Talya, une paire de grandes ailes noires avaient pris place dans son dos. Elles contrastaient fortement avec la blancheur de la chemise dont elle était vêtue. Une gardienne, à n'en point douter. A croire qu'il les accumulait. Qui sait, peut-être en avait-il réellement besoin ? Mais il se persuadait du contraire. Le reconnaître aurait été renoncer à cette vie qu'il affectionnait, et surtout aurait été la preuve évidente du tort qu'il avait eu de fuir le Clan. Il pensait s'en être affranchi, ne plus dépendre d'eux. Etre totalement libre. Accepter l'aide d'un gardien, qu'il ne pensait pas nécessaire, aurait remis en cause absolument tous les fondements de sa situation actuelle. Il sembla au jeune homme qu'elle lui adressait la parole, bien que ses mots ne lui étaient en réalité aucunement destinés.

Edward avait appris, plus jeune, les lettres anciennes, entre autres, inculquées par son précepteur, engagé par son géniteur. Il n'eut donc pas grand mal à comprendre les subtilités de l'anglais ancien et y répondit, assez maladroitement. Il n'avait jamais été doué, et ses souvenirs de cours s'avéraient très lointains :


" Il me semble me souvenir de ma propre identité. Edward K. Que ferez-vous d'un nom ? "

Elle ne le regardait pas, si bien qu'il vint à douter d'être le destinataire de ses questions. Tant pis, il y avait répondu. D'un ton presque désabusé, lassé. Il ne comptait même pas en faire une nouvelle proie. Pour une raison qu'il ne comprenait toujours pas, il éprouvait à l'égard de ces êtres ailés une sorte de fascination respectueuse, et il ne parvenait à se jouer d'eux. Et puis sa nuit exécrable lui avait ôté toute envie de jouer. Pas aujourd'hui. Demain, certainement. Mais pas aujourd'hui. Elle dégageait l'image d'une jeune femme frêle, qui pourtant ne coïncidait pas avec son apparence qu'il jugeait assez ténébreuse. Contraste. Edward appréciait fortement les contrastes. En temps normal, donner son nom était un acte dont la seule pensée lui donnait la nausée. Non seulement il n'en voyait pas l'utilité, mais il lui semblait qu'il perdait de son intérêt. Il devenait donc une cible potentielle du Seigneur Ennui, sans aucun doute son pire ennemi. Et il le lui avait donné, bien qu'il doutait qu'il puisse lui être utile. Il fallait croire que cette nuit associée à la soirée d'avant hier avaient laissé des séquelles sur son être. Elles disparaîtraient sans doute prochainement. Il se trouvait simplement en phase de 'convalescence'.

Tu sais tout jeune inconnue. Ou presque. Je suis Edward K, 18 ans, jeune aristocrate débauché, un brin égaré ces derniers temps.


[ Yeah, bienvenuuuue ! ^^]

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Julie
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MessageSujet: Re: He's a Cold Hearted Snake. [Libre ^^]   Mar 3 Juil - 16:33

Elle s’était plongée dans ses pensées, en pleine réflexion. Elle avait besoin de trouver un moyen pratique de quadriller la ville à la recherche de son Mortel. Cela pouvait paraître aisé, sans doute lui suffisait-il de simplement survoler les différents cartiers, en quête de cette petite chaleur qui devait apparaître au creux de son organisme. Mais alors, pourquoi son retour s’était-il fait, précisément, ici… ? Dans un vivarium. Dans cet endroit où des êtres non humains avaient la sensibilité suffisante pour le voir. Pour les félins, elle le savait déjà, mais les reptiles c’était une découverte. Enfin, là n’était pas le propos… Que ferait-elle à présent ? Il lui fallait s’isoler et se plonger dans une profonde introspection, en quête d’indices, de noms. Le Gardien avait en lui une partie de son mortel, dans le sens où il pouvait trouver son nom, un indice permettant de le localiser. Puis il avait sans cesse l’impression de le connaître. Pas nécessairement celle de l’aimer, loin de là. Elle aurait très volontiers fait manger à Sir Baudelaire tous ses maudits manuscrits… Ah ! Quel goût auraient eu ses Fleurs du Mal ? Rien qu’à cette idée un sourire vint poindre à ses lèvres, avant de s’évanouir. Non il n’y avait là rien qui puisse l’aider.
Elle reprit sa quête d’idées lorsqu’on lui répondit. Plus intéressant encore, ce fut dans un vieil anglais. Elle écarquilla un peu les yeux, observant le reptile comme s’il venait de lui décliner son identité, avant de se tourner vers le jeune homme qui l’observait. Elle décolla lentement ses mains de la vitre et recula d’un pas. Il la voyait, aucun doute… Elle garda le silence durant quelques secondes, puis, songeant qu’elle n’était pas vraiment dans la tenue appropriée à quelque rencontre, elle prit une courte inspiration –inutile, bien sur, au vu de son état-
Elle répondit dans un anglais moderne, n’ayant pas manqué de remarquer le manque d’aisance du jeune homme. Elle le parlait, bien entendu. Elle avait su moderniser sa langue au fil des siècles. Tout comme elle avait su en apprendre d’autres. Mais n’ayant pas la moindre idée du pays où elle se trouvait, elle opta pour une réponse dans l’idiome shakespearien.
« J’ignore encore ce que je pourrais faire du vôtre, Edward K. » Elle sourit avec délicatesse.

Elle était réellement contente de tomber, une fois de plus sur un homme parlant sa langue. Elle bénissait l’expansion culturelle qui lui permettait de trouver des anglophones un peu partout. Avant, c’était plutôt le Français qui lui permettait de se faire entendre à l’étranger… Elle avait beau le maîtriser, elle y conservait, tout comme en Allemand, son accent britannique qu’elle trouvait trahit et rendu dissonant par la complexité de ces langues affectées. Quitte à passer pour une étrangère, elle saisissait donc toutes les occasions de converser en sa langue natale qui passaient.

Elle ne lâchait plus le jeune homme du regard. Prise de court, oui c’était bien cela. A chaque fois elle avait la même réaction. A chaque fois qu’elle était vue par une autre personne que son Mortel. Ou bien lorsqu’elle ignorait qui était son Mortel. Le hasard était bien fait.
« J’ignorais également, à vrai dire, que vous pouviez me voir »
Elle inclina la tête en guise de salut, ses mèches noires se glissant presque paresseusement de ses épaules. Elle battit une nouvelle fois des ailes, nerveusement, sans doute, puis lui répliqua avec un accent fin et un sourire en coin : « Sans doute ne ferez-vous rien du mien, mais je me nomme Julie K. »
Ce prénom, « Julie » sonnait toujours avec cette étrangeté en Anglais. Elle n’avait jamais su s’habituer à la prononciation Française et ne l’intégrait donc pas dans ses propos. Même lorsqu’avec son premier Mortel elle conversait dans la langue de Voltaire, cette fois… Même là elle ne pouvait s’empêcher de tilter à chaque fois que l’homme prononçait ce nom de manière si fade.
No matter… Non ce jeune homme ne ferait rien du nom de feu la petite fille de joie Londonienne qu’elle était. C’était simplement un certain sens de la courtoisie, si vain soit-il, ainsi que cette éducation pointilleuse que lui avaient inculqués les salons dans lesquels elle exerçait, qui l’y poussaient. A ce stade cela devenait presque un réflexe. Elle posa un regard remit de sa surprise sur le serpent et effleura la vitre du bout des doigts. Alors elle se trouvait avec deux êtres capables de la voir. Et cela sans en avoir eu la moindre idée avant de poser le pied ici. Elle sourit en voyant l’animal onduler derrière ses doigts. Elle avait ce masque attentif qui lui venait lorsqu’elle écoutait quelqu’un.
« Ils sont captivants »
Qui ça ? Les reptiles ? Les Mortels ?
Ah sans doute un peu des deux. Adressés à Edward ces mots évoquaient les serpents, mais simplement jetés ils concernaient les deux. Elle était, à chaque fois, troublée de rencontrer des Mortels. Qu’est-ce qui, dans la vie de ces êtres, était suffisamment triste, grave, dangereux pour qu’ils aient le malheur de la voir ? Elle n’était pas vraiment un oiseau de mauvais augure, bien que ce soit ce que ses ailes laissent à penser. Pourtant elle était comme un révélateur de la souffrance. Ce jeune homme ne s’était pas tant étonné de la voir qu’elle ne le fut d’être vue… Alors il était-il habitué à ses semblables ou trop placide pour faire montre de surprise ? Le premier cas était le plus envisageable. La voir, qu’est-ce que ça lui faisait ? Souffrait-il davantage encore de se voir confirmée sa détresse, s’en lassait-il ou se sentait-il soutenu, aidé ?

Elle ne lui poserait pas ces questions par soucis de respect. Bien qu’elle se les soit souvent posées, jamais elle n’avait osé interroger un mortel pour le lui demander. Par peur sans doute de le froisser, comme elle l’aurait peut-être été à sa place. Elle laissa son sourire planer sur ses lèvres avant de reporter toute son attention sur Edward. Chacun des mots qu’il lui adresserait, si seulement il lui en adressait, lui serait très précieux. Elle avait besoin d’indications sur le lieu, l’ambiance de cette ville et, qui sait, peut-être pouvait-il l’aider, sans le savoir, à trouver son Mortel ?

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Edward Kinsale
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MessageSujet: Re: He's a Cold Hearted Snake. [Libre ^^]   Jeu 5 Juil - 19:46

Elle recula. L'effrayait-il ? L'anglais en doutait fortement. Etant gardienne, elle devait avoir l'habitude de la présence des Mortels, d'autant plus que son anglais datait de plusieurs siècles. Il en déduisit qu'elle occupait le poste de gardienne depuis ce temps là. Sa présence ne devait donc pas l'intimider outre mesure. Physiquement, il n'était pas non plus quelqu'un d'impressionnant. En effet, sa carrure n'attirait pas les regards : frêle et élancé, il était de ceux que l'on ne remarquait pas, toujours tapi dans un recoin sombre du bar, ou adossé à un mur la nuit tombée, quand il ne se trouvait pas en charmante compagnie. Le seul élément qui le distinguait de la masse informe de ses contemporains était sans aucun doute sa manière de se vêtir, inhabituelle, comme un lord d'un siècle antérieur : jabot, longs manteaux, capes parfois, toujours habillé de noir et de blanc, renforçant encore sa discrétion. Et encore, cette façade se trouvait amoindrie, comme inachevée, puisque Sakuya possédait encore son précieux haut de forme. Ses habitudes vestimentaires ne constituaient pas non plus un moyen d'intimidation, ce qui acheva de réfuter l'hypothèse de la peur. Il la fixait toujours, pas par impolitesse, non, il ne connaissait que trop bien les convenances, et savait donc qu'il était passablement impoli de dévisager trop longuement une personne, mais il s'agissait là d'une mauvaise habitude qu'il avait prise. S'ajoutait à cela le fait que bien qu'elle soit la 3ème gardienne qu'il rencontrait, sa fascination à l'égard de ces êtres ne diminuait pas et il ne pouvait s'empêcher d'être captivé et subjugué par ces créatures. Sans doute aussi un peu effrayé, car l'aura de mystère qui les enveloppait ne semblait jamais se dissiper. De plus, l'humain redoute souvent ce qui lui est inconnu. Edward était on ne pouvait plus humain, en dépit de son insensibilité apparente, et il n'échappait donc pas à cette règle. Il n'avait pas encore évalué les éventuels pouvoirs des gardiens et ne savait donc pas de quoi ils étaient capables. Il gardait tout de même à l'esprit l'idée qu'ils étaient invertis d'une mission de protection et qu'il ne devait sans doute pas être dans leur intérêt de le supprimer, ce qui le rassurait.

Sa réponse lui arracha le sourire en coin qu'il arborait presque constamment et qui pourtant, n'avait pas fait son apparition sur son visage depuis le début de la journée. Elle semblait avoir de l'esprit, et cela plut au jeune homme qui se dit que leur entrevue s'avérerait sans doute intéressante, et non pas stérile comme il le redoutait souvent. 'Intéressant' était un des mots au coeur de sa vie, puisque c'était ce caractère propre à une personne ou à un objet qui aiguillait sans cesse sa curiosité et le poussait à agir, à 'jouer'. Il répondit alors :


" Faites-en ce qu'il vous plaira. "

Il le lui avait révélé, et la décision ne lui appartenait plus. Elle ne devait sans doute pas accorder la même importance à un nom que lui, et ce renseignement lui paraîtrait sans doute bien dérisoire et atrocement banal. Elle ignorait qu'il pouvait la voir ? Cela renforça sa théorie selon laquelle les Mortels, tels qu'ils soient, étaient en mesure de voir les gardiens des autres. Il avait bien pu dialoguer avec Natsumi, qui pourtant était la gardienne de Sakuya. Il était tout à fait normal qu'elle ne s'y soit pas attendu, il n'avait pas (encore) inscrit 'débauché' en lettres rouges et capitales sur son front pâle. En parlant de gardien, cela faisait un moment qu'il n'avait pas vu Talya. Leur rencontre s'était avérée brève et passablement chaotique, au vu de l'état d'Edward et de leurs caractères respectifs. Il doutait qu'elle ait renoncé à sa 'garde', puisque lui-même n'avait pas abandonné son train de vie. Alors pourquoi ? A vrai dire, il évitait de tergiverser à ce propos puisque son absence l'arrangeait : plus personne pour épier chacun de ses faits et gestes, plus de présence désagréable derrière soi, personne non plus pour porter un jugement sur ses agissements, sur son attitude désinvolte, sur la vie qu'il menait. Plus aucun obstacle. La liberté.

Elle s'inclina, et à son tour, il baissa légèrement la tête en signe de respect. Il n'oubliait jamais les convenances, ils s'étaient tués à les lui enseigner. Elle lui délivra à son tour son nom, et cela ne le chagrina pas. Il était loin de lui enlever un quelconque mystère, étant donné le nombre de choses qu'il ignorait toujours à propos des gardiens. Julie K. Edward K. Drôle de coïncidence ... Cette dernière ne fit qu'élargir le sourire qui avait pris naissance sur ses lèvres. Son prénom l'étonna néanmoins : elle s'était adressée à lui en anglais, et pourtant son patronyme n'avait absolument rien de britannique. Encore une subtilité à percer. Elle ne cessait inconsciemment de faire croître l'intérêt qu'il lui portait. Avide de connaissances, de nouvelles informations sur les individus qu'il fréquentait, avec elle, il avait être servi ... Qu'en ferait-il ? Lui-même n'en avait aucune espèce d'idée. Il était encore trop tôt pour le dire, et il aurait été inutile et idiot de s'avancer sur la question, et de lui apporter une réponse maintenant.
"Ils sont captivants". Il ne sut pas exactement comment prendre ses paroles. Sans doute désignait-elle les serpents par ces mots. Il aurait été pompeux et assez vantard de s'approprier cette expression. Edward était un jeune homme très orgueilleux certes, mais la vantardise ne figurait pas encore sur la liste, déjà longue, de ses défauts en tout genre. Son regard noir passa de la jeune fille au serpent, avant de retourner à Julie et de répondre :


" Captivants. Ce n'est pourtant pas l'adjectif qu'on leur attribue le plus souvent. Sournois, insidieux, parfois dangereux sont plus courants. "

Et ces quelques qualificatifs pouvaient parfois, inconsciemment s'appliquer à lui aussi. Il sembla marquer une courte pause, avant de reprendre, souriant toujours malicieusement; la fixant toujours :

" Vous avez une vision bien particulière des choses Mademoiselle ..."

La lueur indescriptible qui s'était allumée à l'instant dans son regard s'éteignit instantanément et ses yeux noirs de jais semblèrent se voiler. Les paroles de Kim lui revinrent "fouteur de merde, haïssable, lâche" et sans doute bien d'autres qu'elle avait tues. Ces réminiscences le surprirent : il croyait pourtant que ces mots ne l'atteindraient pas, parce qu'il ne se préoccupait pas du jugement que les autres pouvaient porter sur lui. Tu es donc si faible Edward K. pour te remémorer de simples mots et y être tout à coup plus sensible qu'auparavant ? Non, assurément. Il chassa bien vite ces pensées de son esprit. Pour combien de temps ?

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MessageSujet: Re: He's a Cold Hearted Snake. [Libre ^^]   Ven 6 Juil - 2:02

Les secondes se succédant Julie entrait un peu plus en son corps. Ca lui était difficile à chaque fois. Ca lui prenait un peu de temps. A chaque renaissance, elle était d’abord jeune femme, puis devenait gardienne. De moins en moins, certes. Le pire au départ avait été ces ailes majestueuses. Elles lui étaient apparues comme coincées, engoncées dans des liens invisibles. Elles étaient comme des membres morts, inexpérimentés, et apprendre à les utiliser lui prit un temps fou. Elle était réellement heureuse de ne pas avoir à reprendre cet apprentissage là. Elle devait retrouver ces sensations altérées. Elle devait se réhabituer à sentir un froid différent sur ses jambes nues et redécouvrir ce malaise en elle qui précédait la découverte du Mortel. Mais ces ailes avaient été, à compter du jour où elle avait su insuffler de cette « nouvelle vie » en elles, une expansion simple de son énergie. Au jour d’aujourd’hui, elles battaient, suivant les courants de ses sentiments et de son état. Alors que le regard du jeune homme ne la quittait pas, les laisser battre était la condition nécessaire à son masque calme et placide. Sans le claquement feutré, lent de ces armatures gorgées de plumes duveteuses, elle ne pourrait lui sourire, et peut-être même serait-elle mal à l’aise. Ce qui, alors, n’était pas le cas le moins du monde. Non, elle en avait trop vu pour être mal à l’aise sous le simple regard d’un mortel. Bien que sa tenue aurait suffit à son malaise. Et pourtant, la jeune femme ne lut aucune lubricité dans les yeux noirs du jeune homme. Elle avait presque, « presque » l’impression d’y lire du respect. Certains Mortels montraient plutôt de la peur à son égard, la première fois. Elle n’avait pas vraiment le physique d’un ange, plutôt celui d’un démon, ou d’une quelconque créature abyssale. Ses ailes, sa chevelure d’Onyx. Lorsqu’elle revêtait des hardes plus sortables, elle avait l’allure de ces créatures du Londres du XVIIIeme. Celles de la nuit, du brouillard et des alcôves les plus soyeuses. La soie et l’ombre. Not an angel, definitively.

Elle sourit à la réponse qu’il lui offrit. Leur entrevue avait comme la saveur des jeux, des échanges verbaux de ces salons qu’elle avait quittés depuis des siècles. Cela commençait doucement, agréable petit prologue, puis grandissait. Julie ne tenait pas Salon. Non, jamais cela ne lui était arrivé puisqu’elle n’était que la compagnie, dans l’histoire. Elle n’était que celle qui, posée là, offrait ses services à ceux qui parlaient de leur langue alerte. Aussi était-elle conscience de n’avoir jamais eu leur répartie. Cela dit, elle ne se débrouillait tout de même pas mal du tout, et si les mots lui manquaient parfois, elle avait toujours les idées lestes et suffisamment alertes pour savoir quelle attitude adopter. Que faire. Que faire de ce nom-ci ? Si seulement il était celui de son mortel ou au moins d’une personne en approchant plus ou moins il lui serait d’une utilité que le jeune homme ne soupçonnait même pas. Mais pour l’heure il n’était qu’un son dont les sonorités faisaient sourire Julie tant elles s’accordaient à celles de son propre nom. Car la « Julie » britannique n’était pas la « Julie » française, et ce premier était tout aussi bien enluminé par le K. que ne l’était « Edward ». Elle leva le menton vers lui et lui répondit d’une voix plutôt douce :
« Je trouverais sans doute. Tout nom à son utilité, d’autant plus dans ma situation ». Elle était en quête d’un individu, et ne laisserait donc rien passer tant qu’elle ne se trouverait face à celui qu’elle cherchait, en sachant ce pourquoi elle se trouvait là.

Lui vint alors une question que cette fois encore elle laissa latente. Celle là viendrait en temps venu : Edward était seul dans cette pièce, et elle ne percevait aucune présence supplémentaire si ce n’était celle du reptile. Elle n’était pas sans cesse dans le dos de ses mortels, de leur vivant, mais il n’empêchait qu’elle rôdait toujours non loin d’eux. Pour être là lorsque l’occasion de faire son entrée, et ce de manière efficace, se montrerait. Il en était avec lesquels elle restait plus longtemps, comme par exemple l’Américain ou l’odieux Baudelaire, mais c’étaient des poètes, et sa présence n’était due qu’au fait qu’elle les inspirait, quelque part. Elle était là pour leur fournir davantage d’endurance, fertiliser leur âme et leur permettre de la coucher, de l’offrir de façon plus claire au papier. A l’inverse, il lui arrivait de laisser seuls les soldats, l’enfant noir. Les soldats parce qu’elle ne pouvait s’immiscer avec eux sur les champs de bataille, au risque de les déconcentrer, ce qui leur aurait été fatal. Et l’enfant tout simplement parce qu’il avait besoin de grandir et qu’un cocon, si doux et protecteur fussent ses ailes, n’aurait en rien servi un être qui pouvait prévoir de se heurter à un racisme obtus en sa rude époque. Mais en dépit de tout cela elle n’était jamais vraiment loin d’eux. Et jamais ils ne firent de réelles rencontres sans que Julie ne le « sente ». C’était un état ingrat que celui de Gardien, tout comme celui de Mortel. Se sentir lié à une créature de cette manière était troublant dans les deux camps. Et c’était pour cette raison également que Julie ne faisait pas en sorte, lorsque la situation le permettait, de faire traîner ses missions. La Gardienne qu’elle était aimait voir ses mortels libres, et si certains d’entre eux surent le rester, d’autres avaient été à son goût trop dépendants d’elle. Tout comme elle le fut d’eux. Ces pensées la menèrent à une sorte d’analyse, fausse sans doute étant donné qu’elle ne savait de lui que son nom et son excellent anglais, d’Edward. Quel mortel était-il ? Son attitude à l’égard de Julie était ambiguë. Il n’avait pas l’air d’être homme à se laisser saisir, si elle en croyait l’étonnante neutralité de ses traits. Et pourtant il ne la lâchait pas des yeux… Elle le lui rendait bien, mais elle n’avait plus à se chercher… Elle se trouva bien assez tôt pour ne pas se surprendre d’être ainsi captivée par un être vivant. Alors que lui, elle avait tout à découvrir. Peut-être n’en aurait-elle pas l’occasion, mais cela fit naître comme une petite pointe de regret en elle. Combien de mots avaient-ils échangés au juste pour que déjà elle se sente harponnée ? Certaines personnes, remarquez, l’harponnèrent sans même en avoir prononcé un seul.
Alors qu’en était-il, de ce Gardien là ? Elle aurait bien aimé parler à l’un d’entre eux, à vrai dire. Eux auraient pu l’aiguiller en ville jusqu’aux lieux où ils grouillaient, les Mortels. Et avec un peu de chance elle sentirait cette touche de chaleur poindre en elle.

C’est alors qu’elle fit la remarque sur les serpents, et sur les Mortels. Le jeune homme ne tarda pas à réagir, et elle prêta grande attention à ses propos. Sournois, insidieux… dangereux. Elle sourit et replongea son regard noir dans celui d’ambre du reptile. Celui-ci ondulait toujours derrière la vitre, proche, intrigué par cette créature aux grandes ailes noires. Elle sourit en réponse à celui qu’Edward lui adressait. Une vision bien particulière, effectivement. Elle avait gagné dans l’éternité de son existence un certain recul qui, loin de la priver d’énergie et de goût pour le jeu, avait contribué à mettre sur ses opinions une constante réserve. Elle se laissait le temps de se forger une opinion. Agir différemment aurait été contraire à son esprit calculateur. Les êtres comme elle se servaient de ceux qui étaient plantés dans leurs préjugés, à ceux qui croient aveuglément. Elle n’était pas sceptique, et souvent ses déductions s’accordaient à ce qu’on lui disait, mais Julie voyait de ses yeux avant de plaquer sur un être des qualificatifs tels que ceux qu’Edward lui énumérait. A la manière dont il avait tourné sa réponse, elle se disait d’ailleurs que celle-ci avait pour lui un intérêt particulier. Ces adjectifs sonnaient entre ses dents, dans son anglais précieux, comme une sorte de citation étrange, là pour donner un coup d’estoc. A qui ? A quoi le donnait-il ? Elle l’ignorait, d’ailleurs tout ceci n’était que conjecture et si ce n’était les mots et la façon dont il les avait agencés, rien ne pouvait affirmer que c’était réellement de cela qu’il s’agissait. Elle lui répondit d’une voix posée, bien que chantant sur la même partition presque mondaine que le jeune homme. Elle aimait ce ton, celui du jeu et du divertissement par les mots. Elle avait eu la chance de pouvoir s’en délecter avec plusieurs de ses mortels, aussi espérait-elle qu’il en serait ainsi dans cette « vie » ci également.

« J’ai vécu plus de deux siècles en plus de ma brève existence, et ne connais toujours pas ces créatures. Insidieux, sournois, c’est ce qu’on en voit, dû à leur façon de se mouvoir, comme coulée, si je ne m’abuse » Elle déposa une main fine sur la vitre et souffla en sa direction. Ils se ressemblaient beaucoup sur ce point là. « Quant à dangereux, quel être vivant ne l’est pas ? Celui-ci arrive à me captiver après ces deux fameux siècles. Lors donc je préfère lui accoler cette qualité plutôt que des défauts que j’aurais empruntés au sens commun »

Et sur ce, un sourire délicat aux lèvres, elle reporta son attention sur Edward. Elle sentait en lui quelque chose d’étrange, quelque chose qui, si elle ne le percevait pas consciemment, fit tout du moins frémir ses ailes. Elles claquèrent une nouvelle fois, comme le simple chuintement d’un métronome, détaché d’eux deux… Aussi discrètement qu’un drap qui flotte dans le vent et frappe ses courants intrépides. Le son n’était pas sensé interférer entre eux deux… Et pourtant il était l’expression de ce que la Gardienne était incapable de définir chez le Mortel. Elle se redressa et, laissant sa main quitter la vitre, sans y laisser la moindre trace de son passage, pour effleurer le bas de la chemise d’emprunt, elle attendit chez le jeune homme étrange, ce jeune homme qui la replongeait par son allure et son parler quelques décennies en arrière, une réponse à ses répliques.

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MessageSujet: Re: He's a Cold Hearted Snake. [Libre ^^]   Mer 11 Juil - 12:03

Le silence qui enveloppait les lieux aurait pu devenir presque pesant, si il n'avait pas été agrémenté de leurs paroles respectives et du claquement imperceptible des ailes de Julie. Et de toute manière, ce silence illusoire ne s'abattait pas sur l'anglais. Au contraire, il en venait presque à l'apprécier tant il semblait avoir besoin de calme après cette nuit atroce. Quel changement de personnalité radical. Temporaire sans doute, mais radical. D'ordinaire, Edward chérissait l'agitation et l'effervescence au sein de laquelle il prenait en considération un individu, deux lorsqu'il interagissaient ensemble, trois au maximum et lorsqu'il était en forme. En effet, la dispersion ne permettait pas une observation assez approfondie de la personne. Et il l'épiait, étudiait chacun de ses faits et gestes, tout en affichant une apparente indifférence. C'était passionnant. Parfois, après l'avoir minutieusement observée, il lui arriver même de jouer avec la personne en question, l'enrôlant dans la partie dont il avait décidé le début, et qu'il clôturerait selon son bon vouloir, ou plus couramment lorsqu'il estimait avoir gagné. Oui, cette décision était arbitraire et passablement subjective, mais le jeune homme n'était pas prêt de changer les règles et qu'il avait lui même fixées et qu'il pensait idéales pour régenter le jeu qu'était sa vie. Son raisonnement était d'une simplicité extrême, presque enfantine : Il avait la sensation d'obéir à des codes, des lois donc, et il les avait rédigées, il menait donc sa vie, son jeu, comme il l'entendait, sans voir dans sa conduite, dans son quotidien, une quelconque offense à la morale. Après tout, la morale n'est-elle pas un ensemble de règles pré-établies ? Si ? Alors, il ne faisait que suivre sa morale, ses règles. Qu'y avait-il de mal à cela ? Rien, rien du tout, et il se tuait à essayer de le faire comprendre à sa gardienne portée disparue, il tentait désespérément de faire changer sa vision de sa condition. Quel protégé conciliant ... Sans doute une vraie partie de plaisir pour Talya.

Bien loin d'être incommodé par sa tenue légère, il en avait vu d'autres bien plus dévêtues, Edward se concentrait davantage sur les réponses que lui apportaient la jeune femme. Et puis, il aurait été bien incapable de tenter quelque chose avec elle. Il se remémora sa première rencontre avec Talya et s'étonna de l'audace donc il avait su faire preuve à son égard. Demain, lorsqu'il aurait retrouvé ses esprits et que la nuit serait loin derrière lui, il reverrait sans doute son jugement sur la première entrevue avec sa gardienne et se féliciterait, au contraire, de sa conduite durant cet instant. Ses remarques la rendaient d'autant plus captivante et digne de son intérêt, grandissant il fallait l'avouer. Elles ne couraient pas les rues, celles qui pouvaient lui répondre sur un ton égal, celles qui possédaient autant de répartie qu'elle. Cette envie de jeu reprit possession d'Edward, le submergeant totalement. Elle lui picotait les entrailles et remontait le long de son échine. Il eut un frisson qui fit perdurer son sourire. Finalement, il n'était qu'un faible, totalement à la merci de ses désirs, de ses pulsions. Finalement, il n'était qu'un homme comme les autres. Il ne parvenait à la contenir, à la contrôler. L'anglais avait acquis, au cours de sa courte existence, une étonnante maîtrise de lui-même, mais si il y avait quelque chose qu'il ne parvenait pas à refouler c'était cette envie de jeu. Son coeur sans doute aussi, mais jusque là, les occasions de confirmer cette hypothèse s'étaient avérées passablement rares. La soirée avec Kim et Sakuya en avait peut-être été un exemple et encore ... il n'avait pas assez de recul sur la situation pour pouvoir l'analyser convenablement. Ce désir de jeu influait aussi sur son mental, lui conférant immanquablement une certaine audace dans ses gestes, dans ses mots, mais avec elle, il avait le sentiment qu'il ne pourrait se permettre autant de libertés qu'avec la foule des 'autres'. Nouvelle règle, il faut savoir faire évoluer sa manière de se distraire. Il décida donc que cette partie ne se jouerait pas sur le plan physique, mais sur le plan verbal.
Il lui faudrait donc être encore plus vigilent que d'habitude. D'ordinaire, ses paroles s'accompagnaient d'actes. Là, ces mots seraient sa seule arme, il devrait concentrer sa stratégie sur eux. Il espérait simplement que cette nouvelle manière de jouer n'entraverait pas ses projets de victoire éventuelle. Eventuelle d'autant plus qu'il avait en face de lui une adversaire des plus redoutables : Julie K. Il éprouvait la sensation désagréable, mais néanmoins extrêmement excitante d'être menacé par la défaite, comme avec Sakuya. Elle possédait en effet un avantage non négligeable sur lui : cette langue précieuse lui était naturelle, elle avait grandi baignée par ce langage et l'avait impeccablement conservé. Pour Edward, il en était tout autrement. Il avait dû l'apprendre. Quand à son sens de la répartie, il se l'était façonné 'sur le tas'. Il faisait maintenant partie de sa petite panoplie du 'lord', de l'attirail qu'il arborait quotidiennement. Bien qu'il soit devenu chez lui une sorte de seconde nature, Ed ne se trouvait jamais à l'abri d'une défaillance et il se pouvait que cet art de la réplique lui fasse défaut. Le Corps et l'Esprit étaient deux traîtres et leur coopération n'était pas toujours aisée. Si l'Esprit ordonnait quelque chose au Corps, le Corps pouvait réagir de manière totalement inattendue, Edward en avait fait les frais avec Kim et Sakuya. La vigilance serait donc de mise, ainsi que la concentration.

Sa réponse l'amena à se poser brièvement des questions sur l'importance du nom pour un gardien. Jusque là, il s'était borné à sa propre vision de la chose, celle d'un Mortel et encore, sa conception du nom était particulière. Mais pour un gardien, qu'en était-il ? Le nom revêtait une toute autre signification. Il était capital pour le protecteur : Sans lui, il ne pouvait trouver son Mortel, l'être dont il devenait garant de la vie et dont l'existence déterminait la sienne. Il évita d'accumuler les interrogations, surtout lorsqu'elle ne le concernait pas. Egoïsme. Et puis, question interrogations, il avait déjà fort à faire avec elle. De plus, Edward avait la sensation que les tergiversations à ce propos pourraient bouleverser sa conception de cet élément et il n'y tenait pas le moins du monde.
Il la fixait toujours, ne pouvant détacher son regard de la gardienne. Fascinante. Pourtant, il savait pertinemment que son attention pouvait paraître déplacée et qu'en lui prêtant tant d'intérêt, il se trahissait. Mais face à ce genre de créatures, comment ne pas être hypnotisé ? Il doutait qu'il s'habitude un jour à leur présence et ne s'étonne plus d'en croiser.
Elle valida sa supposition selon laquelle la gardienne n'avait pas évolué, de son vivant, dans leur époque. Son anglais l'attestait clairement, mais elle venait de le lui confirmer explicitement. Il répondit alors :


" Cela dépend de ce que vous entendez par dangereux. Le danger comporte plusieurs degrés. Lui peut vous conduire à une mort certaine d'une simple morsure, malgré son apparence assez insignifiante. Ca en est presque effrayant. Rares sont les hommes qui peuvent se vanter de posséder autant de pouvoir et d'emprise. "

Une nouvelle fois, assez inconsciemment, ces mots s'adressaient aussi à lui. Edward se plaisait à penser qu'il pouvait avoir une certaine influence sur les gens et qu'il pouvait, par ses mots, ses actions, éveiller en eux certains sentiments ou émotions prévisibles ou pas. Il n'avait pas prévu la tentative de meurtre de Kim. Et pourtant il n'avait jamais mieux réussi à provoquer quelqu'un. Le serpent tuait. Mais lui, il avait fait mieux : il l'avait poussée à l'assassiner. Fort, très fort. Dangereux aussi. Seulement ce 'contrôle' était variable selon les individus, il était loin de constituer une science exacte, et les réactions des personnes fluctuaient. Il arrivait même que ses essais tombent tout simplement à l'eau et qu'on l'ignore, comble de l'indignation, summum de l’échec. La morsure du serpent, elle, fonctionnait à chaque fois et rencontrait inexorablement l'effet désiré. C'était parfait. A la fois merveilleux et inquiétant. Il espérait un jour acquérir un tel pouvoir. Ce jour là, il régnerait en maître sur le monde de la manipulation et de la provocation, univers qu'il avait déjà commencé à investir avec un certain brio, heureusement ou malheureusement.
Il la sentait parfois assez gênée, sans doute à cause de la tenue qu’elle portait, elle abaissait en effet régulièrement sa chemise blanche. En véritable gentleman, il ôta son long manteau noir et le déposa sur le coin de la vitrine dans laquelle se trouvait le serpent. Libre à elle de la prendre pour cacher en partie ses jambes. Il ne la lui avait pas tendue délibérément pour une raison on ne pouvait plus simple : il abhorrait l’idée qu’on lui apporte une aide obséquieuse, et avec sa fâcheuse tendance à adapter ses comportements aux autres, il supposait qu’il en était de même pour elle. Et puis, il bien trop banal de la lui donner simplement. On avait vu cela un nombre incalculable de fois, presque autant de fois que la proposition du 'Viens sous mon parapluie, il pleut des cordes et tu as malencontreusement oublié le tien'. Atrocement courant. Bien sûr, ce geste manquait lui aussi cruellement d’originalité, mais il lui semblait avoir choisi la moins pire des deux alternatives. La troisième proposition aurait été celle dite du 'Débrouille-toi, je me garde ma veste, quelle idée de se balader en chemise', mais elle était proprement inconcevable pour le jeune homme.

Il considérait tout de même que la situation était assez étrange. Il avait perdu de vue sa gardienne, une nouvelle, bien que ne lui étant sans doute pas destiné, lui apparaissait. Il revêtait l’image d’un lord, elle sortait tout droit d’un siècle antérieur. C’était à ne plus savoir qu’en penser. Hasard ou destin ? Il se posait souvent cette question, et à ce jour, n’y avait trouvé aucune réponse. Ou bien lorsqu’il pensait toucher la vérité du doigt, un élément contradictoire, lui démontrant strictement le contraire, surgissait. La vie était tout de même mal faite. Il désespérait d’être à l’avenir fixé sur la question. Avant l’arrivée des gardiens dans sa vie, il aurait penché pour l’hypothèse dite du ‘hasard’ qui annihilait totalement l’idée de destin, de fatalité et donc d’existence de forces supérieures. Mais Talya était arrivée et avec elle la remise en cause de cette certitude. Elle lui avait appris qu’elle avait été envoyée par le Créateur pour lui, pauvre petite chose débauchée. Voilà qui était embarrassant du point de vue de ses pseudo théories. Tiens, il aurait été intéressant d’avoir l’avis d’une gardienne, principale actrice de cette réflexion inutile et donc indispensable, sur le sujet. Ce qu’il ne se gêna pas de faire, arborant toujours son éternel sourire en coin :


" D'après vous le hasard fait-il partie des éléments qui régissent ce monde ? "

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MessageSujet: Re: He's a Cold Hearted Snake. [Libre ^^]   Ven 13 Juil - 2:35

[navrée si c'est un peu flou... mon cerveau est passé dans le lave-linge]

Tout au long de cet entretient qu’ils avaient, tous les deux, elle portait à Edward une très grande attention. De plus en plus elle sentait que cet être était tant lié à sa présence ici que ce serpent. L’expérience l’empêchait de se dire dors et déjà qu’il s’agissait de son mortel, car elle savait qu’il pouvait lui être lié sans pour autant être celui qu’elle cherchait. Il pouvait être dangereux pour son mortel. Il pouvait être son ami, ou bien la seule personne qui, utilisée par Julie, avait une chance de sauver l’absent.
Il pouvait être dangereux. Cette idée était amusante étant donné qu’ils étaient en train de parler de ce serpent, du danger qu’il présentait. Du danger… Toute son existence lui avait été dévouée. Une vie instable, livrée au bon vouloir d’hommes versatiles et usant d’elle comme d’une part de marché. Puis une révolution. Une mort violente, plutôt barbare, et ce au pied de la guillotine qui lui ôta l’amour qui seul fit battre son cœur de son vivant. De son vivant du moins, puisque ce qui ensuite s’apparenta à de l’amour, ce fut également dans le danger qu’elle le trouva. Le risque de voir s’évanouir ses mortels sous ses yeux, sous ses mains impuissantes et par trop faibles. Oui, c’était cela, pour elle le danger réel. Le danger de ne rien pouvoir faire. Il y avait une raison à cela. Plusieurs même. L’impuissance elle avait connu ça. Elle avait connu ça tout au long de sa misérable petite vie de fille de joie. Elle n’avait été qu’un pantin qui écoute avec toute cette douceur et cette attention le monde. Elle avait écouté un monde qui déciderait pour elle, et s’était contentée de cela, parce que oui, il y avait pire. Il y avait ces autres là, dans cet autre Londres là, celles qui étaient dans le caniveau à la merci de ce qui passait par là. Alors elle avait été impuissante face à Lord. Impuissante face à cet homme là, le premier des deux français, alors qu’il venait réclamer ce que le petit corps de Julie lui devait pour la bourse qui tintait joyeusement dans les poches de son mécène. Elle avait été impuissante et s’était laissée enliser dans cette existence, allant jusqu’à lui chercher des atouts. Elle avait été impuissante lorsque ce cet homme l’avait abandonnée pour rentrer chez lui. Lorsqu’il l’avait laissée dans la rue… Alors qu’elle avait quitté pour lui des salons plus surs. Impuissante face à ces gens qui s’entretuaient dans un Paris brutal et égaré. Impuissante, jetée en prison. Impuissante auprès de son homme en plein délire. Impuissante au procès…
Mais surtout impuissante à l’instant où sa tête roula dans un panier. Puis lamentable lorsqu’il suffit d’une charge pour mettre fin à tout cela. Oui pour Julie le plus insidieux de tous les dangers était l’immobilité consentie, le handicap toléré. Il s’agissait de cet accord passé entre le sujet et les circonstances qui le font, qui décide officiellement que les circonstances veulent et obtiendront du sujet qu’il les croie supérieures à tout ce qu’il pourrait avoir dans l’idée d’entreprendre pour reprendre un semblant de contrôle sur sa situation.
Ce danger là n’avait rien à voir avec celui dont lui avait parlé Edward. Non, lui parlait du danger fort, actif. Il lui parlait de celui qui se tapissait sous le masque de la petitesse des êtres faméliques. Sous le masque d’un si petit animal, finalement.
Le danger de Julie aussi avait un masque pour l’obscurcir, mais il était différent en tout point. En fait, c’était exactement l’inverse. Elle avait un maintient, un parler et un comportement inhérent à son éducation, et pourtant de sa vraie vie elle n’avait jamais pu décider… elle avait su modifier cela dans sa mort, bien heureusement, jusqu’à son Américain du moins. Il l’avait de nouveau confrontée à l’impuissance de ses mains et de ses larmes.
Cette idée la fit ciller, contre toute attente, et elle fut contrainte de fixer un petit moment son regard sur le reptile pour que celui-ci récupère son attention et son esprit un peu perdu. Il su d’une ondulation se l’octroyer avec brio et si Edward ne l’eut ainsi fixée elle aurait laissé un soupir soulagé lui échapper. Edward… Ce qu’il lui avait dit avait su enclencher une chaîne introspective de questionnements. Il n’y avait pas cent raisons à ce genre de choses, d’autant plus chez un être à la sensibilité d’un Gardien. Ce qu’avait dit le mortel avait pour lui une importance certaine. D’ailleurs, elle pressentait bien que dans leur entretient, dans leurs petites joutes, chaque syllabe prononcée avait son importance et ses significations. Tant qu’ils n’étaient pas capables l’un comme l’autre de sortir leur jeu, ils poursuivraient inexorablement leur conversation dans un chemin qui leur restait intime, si dangereux et vain cela soit-il. Elle esquissa un sourire qui étrangement était franc, bien que léger. Il vint planer là, sur ses lèvres, aussi ténu et énigmatique qu’une ombre, une fossette… Que ce creux entre ses omoplates, masqué par la voluptueuse paire d’ailes qui claquaient toujours à l’occasion.


« Vous avez raison » susurra-t-elle dans un anglais redevenu celui du XVIIIeme. « Oui vous avez raison il existe différents degrés du danger, mais celui-ci présente également différentes natures. Et j’ignore si celle qui couve en cette créature est celle que je dois le plus redouter »
Elle lui sourit de façon plus marquée alors. Il ne comprendrait sans doute pas ce qu’elle entendait par là. D’ailleurs comment le pouvait-il ? Personne mis à part elle-même ne savait tout cela. Elle n’en avait jamais parlé à quiconque, car cela lui donnerait l’impression d’être plus faible qu’elle ne l’eut jamais été. Elle avait décidé de ne plus l’être pour ses mortels, de mettre son ingéniosité au service de ceux que Dieu lui confiait. Elle avait le devoir d’avoir de l’effet, beaucoup plus d’effet qu’elle n’en eut sur sa vie. Il y avait bien des personnes qui étaient incapables de s’occuper d’elles-mêmes et qui pourtant étaient parmi les plus efficaces lorsqu’il s’agissait de palier aux problèmes de leurs proches.

A croire qu’elle était de ces personnes là.

Elle fut tirée de ses pensées par un geste de son interlocuteur. Elle se rendit compte, avec le choc que cela lui procura, de la tension et de l’immobilisme de la scène qu’ils jouaient. Ils avaient l’air de ces guerriers qui dans les films asiatiques se toisaient l’un l’autre et se livraient à un violent combat mental. L’Américain avait jugé enrichissant pour elle d’en dévorer quelques uns. A la différence près que bien que leur échange ait le rythme et le calcul d’une partie d’échec, celui qui craquerait ne se verrait pas terrassé. Pas aux yeux de Julie. Elle avait trop essuyé d’échec pour en craindre un de plus. D’autant plus un échec aussi futile qu’un petit concours de répartie. De plus, elle n’avait pas l’intention de mettre Edward mal à l’aise. Par vraiment par gentillesse mais parce que cela ne s’intégrait à aucun plan. Elle ne jouait pas non plus sur le plan de la morale, simplement sur un grand cahier des tâches qui ordonnait précautionneusement ses priorités.

Elle suivit son geste et ce jusqu’au manteau qui de toute évidence lui était destiné. Elle accorda alors un regard à sa tenue et s’aperçut de ses propres gestes qu’elle n’avait même pas remarqués. Oui, après tout cela ne lui ferait pas grand mal. Seul problème ses ailes. Venant tout juste de réapparaître, elle ne pouvait correctement les replier pour les masquer habilement. Puis elle avait encore besoin d’elles pour se sentir à l’aise. Elle adressa au gentleman un sourire redevable avec un claquement d’ailes, puis hocha la tête sans pour autant saisir la veste. Si leur entretient se poursuivait assez pour qu’elle habitue à nouveau ses membres emplumés à se faire discrets, à ce moment là elle pourrait enfiler avec soulagement le manteau du jeune homme. Pour le moment, les nerfs étaient encore trop excités. Elle indiquait pourtant clairement dans son regard qu’il ne s’agissait pas d’un refus et le regard qu’elle porta sur la pièce de tissus semblait dire tous les mercis que ses lèvres taisaient.
Toujours était-il qu’elle avait grandement apprécié le geste du jeune homme. Plus pour ce qu’il entendait que ce qu’il avait comme but. Il avait simplement remarqué un malaise qu’elle-même n’avait pas saisi, y avait proposé un remède, et ce avec la discrétion des hommes qui ne voulaient pas montrer aux femmes leur sens aigu du contrôle. Oh oui elle se serait attendue à ce qu’il pose sa veste sur ses épaules. Bien sur, cela était compliqué par la présence d’attributs originaux et encombrants sur ses épaules, mais ils étaient plus ou moins proches et rien ne l’aurait empêché de faire un geste. Pourtant il avait juste fait un petit pas, à elle d’en faire un petit autre pour se porter à sa hauteur. Chez certains cela était du sale caractère, pour d’autres de la goujaterie ou encore la volonté constante de déroger aux attentes du monde. Elle ne chercha pas à savoir dans laquelle de ces catégories il se trouvait, puisqu’après tout elle pouvait se poser toutes les questions qu’elle voulait cela ne vaudrait jamais une réponse de l’intéressé.
D’ailleurs, le temps qu’elle scrute la veste et déjà la voix du jeune homme s’installait à nouveau entre eux deux. Elle releva la tête et lui offrit une fois de plus ce visage adoucit par l’écoute. Le hasard ? Alors là… Cette fois elle opta pour un raisonnement oral. Elle ne saurait synthétiser en une réplique brève et percutante son opinion sur la question. Aussi prit-elle plutôt rapidement cette fois la parole dans un anglais plus fluide et moins posé qu’il ne l’avait été l’instant d’avant.


« Le hasard… J’aurais aimé répondre oui. D’ailleurs, je l’aurais fais sans hésitation de mon vivant. J’ai toujours cru que l’on se dirigeait soi-même, et que les œillères de l’homme étaient trop encombrantes pour qu’il ne tienne les rennes seul. Aussi aurais-je penché vers le hasard pour combler les brèches… Mais à présent que je suis là pour « aider » des mortels… Enfin, je n’aime pas ce mot… Mais là n’est pas la question. A présent que je suis là pour eux, que j’arrive lorsqu’ils en ont besoin, que je corresponds à ce qui les sauvera… Que je vois toutes ces coïncidences qui font la vie humaine avec le regard d’un spectateur… A présent je ne peux plus y croire. De toutes les choses qui pouvaient se passer, de tous ces possibles seuls quelques uns furent choisis, et ces quelques uns souvent montrent des détails pour le moins déroutants… Rien que cette arrivée ici, en ce lieu où ces animaux captifs de leurs prisons de verre me voient… Notre rencontre devant ce reptile… Je n’ai pas l’impression de me trouver face à une coïncidence que je devrais au hasard seul » Elle haussa les épaules et sourit au jeune homme d’un air délicat, fin. Cette finesse ne la quittait donc jamais, cela même lorsqu’elle était lancée dans une explication où plongée dans ses interrogations. Elle en servit d’ailleurs une, même deux à Edward. « Et qu’en est-il de vous ? Y a-t-il une raison particulière à cette question ? »

Ses ailes commençaient à se stabiliser, petit à petit, comme si Julie reprenait sur un elle un contrôle que, loin, de ne pas avoir l’instant d’avant, elle n’avait peut-être pas envie de leur infliger.

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MessageSujet: Re: He's a Cold Hearted Snake. [Libre ^^]   Dim 15 Juil - 23:21

Et leur conversation avait basculé sur le thème du danger. Assez étrangement, l'anglais ne s'était jamais réellement penché sur la question, et pourtant, comme tout être humain, il se trouvait sans cesse en proie à différentes menaces. Il semblait à Ed que le danger était un acteur formidable qui changeait constamment de masque en fonction de son public, de la personne qu'il visait. Il y a peu de temps, le danger se nommait Kim. Comme le lui dictait son irrépressible envie de jeu, Edward s'en était amusé un moment, divertissement qui cachait d'ailleurs une certaine fascination pour cette artiste blessée. Cela avait duré un moment, mais comme il l'avait soupçonné, il ne pourrait poursuivre éternellement la partie. Kim en avait décidé tout autrement et avait tenté de le tuer en l'étranglant de ses frêles mains. Heureusement pour lui, elle n'était parvenue à concrétiser son acte assassin et il en avait réchappé. Coup de chance. Edward était un jeune homme chanceux. Il ne doutait pas que si ses forces n'avaient pas délaissé le faible corps de la jeune fille, il ne serait plus de ce monde à l'heure actuelle. Il brillait dans ses yeux gris une lueur de rage telle qu'il n'en avait encore jamais vue. Soit parce qu'il n'était déjà plus là pour apercevoir une telle chose, mais surtout, il en était persuadé, parce que celle qui étincelait dans son regard était différente. La colère oui, mais ajoutée à cette dernière, un désir de vengeance, de mort, qu'à ce jour, il n'était parvenu à élucider. Acte II : Le Danger changeait de costume : Après l'avoir ramenée, évanouie, chez Sakuya, c'était désormais la peur de la voir périr qui s'était emparée de lui. Dans un premier temps, il redoutait cette mort potentielle par crainte d'y être mêlé, conséquence de son égoïsme et de l'absence cruelle chez lui du sens des responsabilités. Par la suite, l'angoisse de perdre l'objet de toute son attention l'envahissait. D'une manière plus générale, le Danger lui semblait revêtir en toutes occasions l'apparence du l'Imprévu et de l'Inconnu, apparence se déclinant elle même selon les variantes précédemment exposées. Car le risque était là : Lorsqu'il débutait une partie, une manche, quel facteur menaçait son éventuelle victoire ? L'Imprévu. Quel élément avait failli lui coûter la vie lors de l'épisode 'Kim' ? L'Imprévu. Jamais il n'aurait pensé qu'elle en arriverait là, qu'elle atteindrait le paroxysme de la haine, et de ce à quoi cette dernière pouvait conduire. Et l'inconnu et la négligence l'auraient perdu si elle n'avait pas soudainement faibli.

Sa réponse, comme quasiment toutes celles qu'ils avaient échangées, possédait du point de vue d'Edward un double sens, et c'était précisément en cela que la partie s'avérait intéressante. On abattait lentement ses cartes, on jouait ses coups fourrés discrètement, on bluffait. A l'adversaire de prendre au sérieux ou pas chaque parole qui s'égarait. 'Egarer', mot fort mal choisi puisque que chaque terme était savamment employé, et toute syllabe possédait un poids au sein de la phrase. Il semblait à Edward que cette sentence pouvait s'appliquer à son cas, sans prétention aucune, mais il lui fallait se montrer lucide : lors d'une partie, les coups portés sont habituellement joués afin d'intervenir en notre faveur. Quel intérêt aurait-elle eu à formuler cette phrase si elle ne s'appliquait ni à lui, ni au serpent, mais à un individu visiblement absent ? Ou bien évoquait-elle l'énigmatique 'Boss' dont le gardien de la fillette lui avait brièvement parlé et dont l'identité demeurait toujours un mystère pour lui ? Arborant toujours un léger sourire en coin, il répliqua :


" Prenez garde, ce sont souvent les êtres que l'on soupçonne le moins qui s'avèrent les plus dangereux ... "

Sa réflexion était délibérément à côté de la plaque, comme si il n'avait pas saisi le double sens de ses mots, et qui sait, peut-être était-ce le cas ? Il était fort possible qu'il se trompe totalement sur la visée de sa sentence, mais par orgueil, il préférait se tourner vers l'hypothèse selon laquelle il ne se trouvait pas, du moins pas totalement, dans l'erreur.
Quand à son contenu, il était certes très intéressant d'analyser la nature du danger, mais il l'était encore davantage d'étudier les formes que ce dernier pouvait prendre. Sans cela, le Danger demeurait une notion abstraite, non concrète et donc passablement inutile. Il avait rencontré une fillette, dont il ignorait le nom, et d'ailleurs, il s'en moquait éperdument, et qui semblait tout droit échappée d'un hôpital à en juger par les vêtements qu'elle portait. Pour une obscure raison, le jeune homme en était venu à l'apprécier. Qu'adviendrait-il de lui si l'on découvrait qu'il s'était lié à une fugitive ? Dans quelle situation avait-il encore été se fourrer ? Les interrogatoires et autres joyeusetés ne le tentaient que peu, voire même pas du tout. Le Danger était venu d'une si petite créature, si jeune et innocente. Qui s'en fut douté ? Pas lui en tout cas. Idem avec Kim, jeune fille frêle et calme de prime abord. En apparence seulement. Finalement, il en avait conclu que la menace provenait essentiellement des personnes les moins 'suspectes'. Les apparences étaient décidément bien trompeuses. Une fois n'était pas coutume, le proverbe disait vrai.

Elle ne saisit pas sa veste et il sentit naître en lui comme une pointe de vexation et de reproche envers lui-même. Quel idiot ... D'une part, il n'était guère habitué à ce qu'on lui refuse quelque chose et d'autre part, il s'attendait à ce genre de réactions. Après tout son geste pouvait paraître déplacé dans le sens où un simple mortel ne pouvait prétendre 'aider' une créature quasi mythologique à ses yeux tels que les gardiens. Peut-être y avait-il d'autres raisons que, fatalement, il ignorait. Néanmoins le regard de Julie n'exprimait aucune froideur et il lui semblait y lire comme de la reconnaissance, ou un quelconque sentiment s'y apparentant de près et de loin. Et cette pensée regonfla cette chose insignifiante que l'on nommait ego.
Il écouta avec grande attention son monologue sur le hasard. Il l'appréciait d'autant plus que ses paroles soutenues différaient du langage qu'il avait l'habitude d'entendre et il se délectait de chaque mot, de chaque son qui s'échappait de ses lèvres. Et le contenu ne s'avérait pas moins intéressant. Sa vision des choses rejoignait totalement la sienne, en dépit de sa condition de gardienne. Comme lui, elle avait dans un premier temps préféré l'option fortuite pour se tourner ensuite vers l'idée de destin, grâce à certains éléments survenus durant son existence. Force était de constater que le hasard n'était pas de ce monde et que tout n'était finalement que fatalité. Cette hypothèse le rassurait et l'inquiétait à la fois. Il lui semblait avoir devant lui un chemin tout tracé. Il n'aurait qu'à rentrer dans ce couloir prédéfini et à le suivre, à l'arpenter consciencieusement. Qu'il était confortable de se trouver dans une telle situation ... Plus aucune raison de se battre, de chercher à défier la Destinée. Nul besoin de s'en donner la peine, tout était déjà écrit. Tout. Il aurait été vain et chimérique de se livrer à une telle lutte. Et surtout extrêmement inutile. D'un autre côté, cette vision de l'existence entre autre le terrifiait. Cette dualité n'était pas surprenante : rares étaient les occasions où ses sentiments ne s'avéraient pas mitigés. Comme chez tout homme, il le supposait. Il aurait été excessivement simpliste et idiot de se conduire selon deux alternatives : oui ou non, bien ou mal par exemple. Irréfléchi aussi. Cette dualité pouvait en effet permettre de peser le pour et le contre, d'agir selon son propre entendement. Cet apparent soulagement cachait en réalité une profonde frayeur : Certes, sa voie était d'ores et déjà définie, mais quelle en était l'issue ? Une nouvelle fois, le danger venait de l'Inconnu. Et si cette fin était atroce ? En suivant cette perspective, il aurait préféré déterminer sa destinée et la construire de toutes parts. Mais il ne le pouvait pas.

Edward s'apprêtait à lui faire part de ses réflexions lorsqu'une violente quinte de toux le prit. Il se retourna, lâcha le pommeau de sa canne et s'appuya contre le coin de la vitre derrière laquelle se trouvait le reptile. Légèrement courbé, dos à la gardienne, il retira la main qu'il avait eu la délicatesse de mettre devant sa bouche. Elle était couverte de sang. Sa respiration s'accéléra ainsi que les battements de son coeur, devenus incontrôlables. Ses grands yeux noirs écarquillés contemplaient avec effroi cette main ensanglantée. La première question qui lui vint à l'esprit fut : Comment ? Il ne possédait pas les capacités du médecin, loin de là, mais il remit immédiatement en cause un quelconque lien avec une éventuelle pneumonie. La seule explication plausible était son abus de cocaïne. Il en vint à délaisser son idéal récurrent de victoire, de toute manière son imminente défaite ne tarderait pas. Une marée d'interrogations, mais surtout d'affirmations le submergeait. On lui avait envoyé Talya pour le raisonner. Jusque là, cet 'avertissement de la mort' ou de la déchéance, qu'elle représentait n'était qu'hypothétique, seulement irréel. Il lui semblait que ce danger, purement abstrait ne le concernait aucunement pour une raison bien simple : il n'avait pas encore été 'touché' concrètement par les conséquences de ses excès en tous genres. Des insultes, rien de plus. Et tout à coup, ces menaces prenaient forme avec cette preuve tangible et irréfutable des dangers qui le guettaient et qu'il ne soupçonnait même pas. Tu as la réponse à ta question, Julie K. Oeuvre de la fatalité. L'hémoptysie et ta présence ici ne peuvent pas être seulement l'oeuvre du hasard. Tout est trop bien calculé, tous les rouages fonctionnent impeccablement. Le hasard ne possède pas un tel pouvoir. Ed essuya le sang au coin de sa bouche d'un revers de la main, n'osant croiser le regard de la gardienne. Et puis, il en aurait été bien incapable, le sien était rivé sur cette main, symbole de sa décadence.


[Aucun problème, il est parfait, et quand tu liras le mien, le tien te paraîtra être un modèle d'ordre XDD]

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MessageSujet: Re: He's a Cold Hearted Snake. [Libre ^^]   Lun 16 Juil - 3:43

Elle l’observait attentivement, tout en parlant. Puis elle l’observa encore après. Leur discussion étant devenue jeu, elle vérifiait ainsi que sa réplique faisait tout autant mouche que celles d’Edward. Et effectivement, ça marchait. Il tergiversait. Ses mots avaient eu de l’effet sur lui et si elle ignorait sa nature elle brûlait de le découvrir. Oui elle était curieuse, elle avait toujours été curieuse et c’était un peu pour cela qu’elle avait ce masque agréable lorsqu’elle écoutait. Un masque vivant et doux. Celui du visage se rendant à son interlocuteur. Elle se rendait bel et bien. Dès qu’une personne prenait la parole, cette même personne prenait à la fois l’attention de Julie. Elle était un peu à la merci de ces personnes, à ces moments là. Mais l’avantage était que, ne l’ayant jamais confié, se contentant d’observer avec ce regard là, elle n’avait jamais avoué sa faiblesse à qui que ce soit. Si elle aimait entendre autrui la bercer de ses mots, elle n’en était pas naïve pour autant. Bien au contraire l’attention ne se limitait pas à un masque et elle était réellement très intéressée dans les mots qu’on lui adressait mais aussi tous les sens qu’ils pouvaient avoir et ce qu’ils impliquaient pour elle et la personne concernée. La vie qu’elle avait eut avait tué en elle toute trace de naïveté et d’inconscience. Bien au contraire elle était lucide, consciente des dangers qui se présentaient tout autour d’elle, puisqu’ils avaient visiblement décidé tous deux de s’éterniser sur ce sujet là. Oui c’était ainsi. Petite elle n’avait pas suffisamment eu conscience du danger. Autrement, sa vie aurait été toute autre. Elle aurait commencé par ne pas se laisser entraîner dans la prostitution par Lord. Remontons un peu plus loin encore elle ne l’aurait pas suivi, n’aurais pas pris comme partit de le suivre la nuit de leur rencontre, elle qu’elle ne savait strictement rien de lui. Non. Non elle n’apprit à calculer son existence que plus tard, les années passant et son petit corps tentant tant bien que mal de se développer dans les salons étouffants du bourgeois. Puis dehors, avec son français dans les rues d’un Londres obscur. Puis… Puis dans sa mort pour sauver ces vies qui lui étaient si précieuses. Précieuses, oui. On pourrait croire que la notion de danger ou de crainte l’avait quittée depuis son dernier souffle jeté. Que rien ne l’inquièterait plus. Mais il n’en était rien.
Parce qu’il y avait cette chaleur ténue que lui offraient ses mortels. Cette chaleur était le dernier réconfort de l’existence qu’on lui offrait. Alors elle la protégeait vaille que vaille… Et puis elle avait eu une vie par trop insipide pour tolérer de rester dans ce rôle là. Elle ne pouvait s’empêcher de courir après un statut plus utile. Un peu plus utile. Et pour cela elle se devait de briller. Jamais Julie ne serait un ange, elle en était simplement incapable. Ses ailes étaient trop noires, son regard trop sombre, sa peau blanche trop déroutante et sa chair trop peu chaste pour endosser un tel rôle. Mais elle pouvait être d’une aide précieuse, à condition bien sur de se torturer les méninges. Et ça elle n’avait pas eu besoin de beaucoup de temps pour le comprendre. Le danger n’était plus son problème mais, pire encore, celui de ses protégés. A elle de faire avec et de parvenir à ses fins.

Elle avait attendu avec impatience la réponse qu’Edward ferait à ses propos. Mais elle ne pu s’empêcher de ressentir une pointe d’étonnement lorsqu’il la lui fournit. Elle lui semblait pour le moins décalée et menaça de la désarçonner. Au lieu de cela elle se dessina un sourire un peu plus revêche. Il avait raison. Bien sur elle ne l’ignorait pas, mais c’était l’intervention de cette phrase qui la décontenança. Elle ne comprenait pas la logique qui, de ce qu’elle disait, avait conduit Ed à prononcer de tels mots. Aussi pencha-t-elle la tête de côté, les yeux sensiblement plissés comme si elle cherchait le fil rouge bien caché là-dessous. Elle prit finalement le partit de lier les propos du jeune homme à sa réflexion sur la nature du danger. Elle avait évoqué sa nature profonde, sa manifestation, alors que lui s’était intéressé à la forme. Mais en fin de compte ils n’étaient pas si éloignés que cela. Le trouble ne dura donc qu’un instant et elle lui répliqua de sa voix calme et posée, un sourire en coin…
« Le danger lorsqu’il se cache habilement est plus meurtrier que sous les traits d’un caporal » Sa réflexion suivait directement celle d’Edward, la validait… « J’ai vu à certaines époques des enfants causer des drames. Et j’ai du des soldats, des pilotes de chasse tomber, impuissants » … l’étayait. Et elle l’acheva sur un sourire doux. Restait une question. Elle ignorait foncièrement la raison pour laquelle chacun des mots que prononçait le jeune homme avait cette profondeur là. Elle était habituée aux badineries d’intellectuels ayant travaillé leur répartie avec l’assiduité d’un sportif de haut niveau. Et pourtant il y avait dans cette discussion là un peu de cette sincérité toujours troublante des hommes qui parlent de leurs erreurs, de leur vécu sous les métaphores, parures de leur langue. Elle retrouvait là un peu de ces discussions qu’elle avait eu avec l’Américain. Poète, bien entendu. Encore que cela n’était pas vraiment garant de quoi que ce soit puisqu’aucun être ne lui tint jamais de discours plus creux que Baudelaire su le faire durant les années que dura leur « cohabitation » Même mort depuis plus d’un siècle, l’homme attirait donc toujours un prix, un record à lui. Il se serait gargarisé de celui-ci presque autant que de la notoriété que, mort, il eut avec son recueil… Ce recueil qui lui dévora ses dernières années. S’il trouva un semblant de reconnaissance vers la fin de sa vie, cet homme n’envisageait même pas le tiers de celle qu’il eut à titre posthume. Et pourtant, Dieu sait qu’il était doté d’un ego faramineux.

Elle souriait, attentive par avance à la réaction à venir du jeune homme. Quelque chose la titillait, là. Quelque chose qui lui disait qu’elle aurait affaire à Edward quelque temps, et que leur discussion aurait son importance par la suite. Elle ignorait encore en quoi, dans quelle mesure, mais elle en était persuadée. En outre leur jeu se passait à merveille et ils savaient s’accorder dans leurs petites joutes. Pour Julie, cela était des plus positifs, et s’il fallait être sincère elle aurait sans doute avoué y prendre, en plus de l’intérêt pratique d’un tel échange, un plaisir certain. Parce qu’elle venait de vivre, dans sa mort, certes, un épisode douloureux… Parce que son dernier mortel avait tout remis en question sur son rôle… Parce qu’elle perdait un peu de ses certitudes et de ses prétentions, elle avait eu besoin de cette discussion. Peut-être était-ce simplement pour cela qu’elle atterrissait ici. Non pas de hasard. Peut-être que les instances supérieures avaient dépêchée Julie en ce lieu précis pour la remettre d’aplomb et lui redonner un peu de son mordant, de ses griffes verbales habituelles. Cela pouvait paraître étrange dans la mesure où les griffures et les morsures ne sont d’ordinaire pas le propre d’un être protecteur et bon, mais s’ils avaient jugé la rose noire capable d’assumer une telle tâche c’est que quelque part ils croyaient en ses capacités et les jugeaient intéressantes. Sans compter cette volonté d’en apprendre davantage sur le jeune homme, et de découvrir ce qui pouvait donner à des propos tels que les siens leur impact.

Puis vint l’épisode de la veste. Tout d’abord, elle cru l’avoir froissé, et songea même à lui expliquer la raison de son refus. Puis elle vit dans le regard du jeune homme un certain plaisir à la voir reconnaissante. Il était décidément amusant, intriguant même. Alors cet être là n’était fait que de codes et de ces préceptes de comportement… ? Il lui rappelait un peu ces Lords si tatillons et mystérieux à ses yeux, ceux-là mêmes qui s’outraient de s’entendre dire qu’ils obéissaient à des codes précis et parlants pour une simple petite catin. Oui elle les comprenait, elle et ses semblables. Comment survivre autrement ? A ses yeux il n’était pas de plus fins anthropologistes que ceux qui sillonnaient les caniveau, frottés l’espace de quelques heures à un panel de vie sociale extraordinaire. Alors si douloureux était-ce pour des êtres qui, au premier coup d’œil ressemblaient à ce jeune homme, ce charme particulier en moins, elle pouvait prétendre les connaître et les lire. Aussi s’attendait-elle à le froisser en refusant la veste. Après tout il avait pris le risque de lui laisser le choix, puisqu’il ne la lui avait pas tendue, et l’avait encore moins contrainte en la lui posant sur les épaules. Dans les deux cas, elle l’aurait saisie pour ne pas laisser de malaise s’attarder. Non il avait laissé la porte de la cage ouverte et l’oiseau n’avait guère eu l’envie de se frotter à lui une fois dehors. Qui sait… Une fois les ailes faites à l’idée de se faire enfermer, elle aurait pu accepter l’étoffe. Elle pourrait même le lui expliquer mais non, non parce qu’il fallait que le hasard s’en mêle. Les ailes se contentèrent donc de claquer doucement en attendant, finalement, la réponse que le jeune homme lui fournirait à son explication. Elle lu sur le visage qu’affichait celui-ci qu’il était quelque peu d’accord avec ce qu’elle disait et en était contente. Elle avait presque eu peur, à son allure, de tomber sur un être qui, comme les nobliaux d’alors, se laissait porter parla vague de ce hasard sur lequel il l’avait interrogée, qui préférait sa liberté à une causalité qui lui donnait bien plus de responsabilité dans sa vie à venir. Oui car l’absence de hasard n’impliquait pas seulement à ses yeux une quelconque intervention divine. Non, Dieu n’était que le maître de jeu qui dit lorsque la porte s’ouvre sur l’un de ses messagers, lorsqu’il le désire. Dieu n’est que le marionnettiste d’une poignée de pantins. Les pantins étaient très jolis, c’était vrai, avec leurs ailes soyeuses, mais ils n’en restaient pas moins d’occasionnels remplaçants de la causalité, et là-dessus elle ne leurrerait personne. Si Edward chopait une grippe, il le devrait à la fraîche soirée de la veille, certainement pas à Dieu et encore moins à Julie. Dans tous les cas, elle ne pouvait plus trouver au hasard une place où se faufiler en dehors d’un casino où de la roulette d’un jeu d’argent.
C’est avec plaisir qu’elle repéra dans la morphologie du jeune homme l’amorce d’une réponse. Il ne la lui offrit cependant pas, et sombra dans une quinte de toux qui lui rappela douloureusement les derniers jours de son Américain. Ca ne devait pas être aussi grave, ou bien Dieu confirmait sa théorie du goût divin pour l’humour noir et le goût des rapprochements douteux, mais la toux demeurait violente et pour en avoir entendu pas mal elle savait reconnaître celles qui plus que d’autres étaient douloureuses à ceux qu’elles saisissaient. Elle songea à s’approcher de lui, mais n’en fit rien et attendit qu’il se calme, dos à elle. Elle ne le lâchait pas de son regard noir et caressant, presque apaisant. Cela dit elle pouvait inspirer tout le calme du monde, ses ailes n’en battaient pas moins, presque nerveusement. Elle attendit qu’il se fut calmé, toujours dos à elle, pour s’accorder un mouvement et approcher un peu. Elle ne le toucha pas de peur de le mettre mal à l’aise, puis par convenance, mais s’autorisa un regard. Elle aurait eu du mal à feindre d’avoir ignoré une telle crise, dans la mesure où ils étaient seuls et plongés dans un profond silence. Le serpent lui-même s’était mis à onduler derrière sa vitre, près d’Edward. Curieux ce reptile…
Le silence que le jeune homme gardait farouchement l’intrigua d’abord, puis l’inquiéta. Finalement, elle suivit son regard jusqu’à sa main ensanglantée et plissa les lèvres. Ses ailes battirent une dernière fois puis s’immobilisèrent, figées.


« Ne devriez-vous pas vous rendre à l’hôpital ? » suggéra-t-elle d’une voix qui disait bien qu’elle n’outrepassait pas les champs qui la concernait. « Dans tous les cas le bruit va avoir attiré des gens ici, je sens déjà leur présence » Et c’était vrai, comme de petites torches, des touches de chaleur qui se traînaient là comme des moutons vont à l’avoine. Ou des loups au gibier, à voir… Oh ils n’étaient pas bien nombreux, juste trois ou quatre curieux qui, traînant par là, passeraient voir si l’homme qui toussait n’avait pas besoin d’aide. Affreusement empreints de bonne volonté, décidément.
Toujours était-il que le regard de la jeune femme était très sérieux. Non le hasard n’avait aucune place. Elle n’était pas ici pour rien et lui n’avait pas cette crise en cet instant précis pour rien non plus. Aussi était-elle convaincue d’avoir un rôle à jouer pour Edward bien que trop fraîchement débarquée encore pour savoir de quelle nature. La marionnette sentait encore trop les fils de son maître la tirailler pour les couper et enfin se laisser aller à ses propres découvertes. Elle accompagnerait néanmoins Edward, elle savait que c’était important tant pour elle que pour lui. Finalement, elle lui sourit.
« Alors il n’est vraiment pas de place où loger le hasard en cette belle matinée, n’est-ce pas jeune mortel ? » Que voulaient dire ces mots ? A Edward de les interpréter. Déjà les pas étaient audibles pour ses oreilles toutes humaines. Julie ne serait pas vue mais lui serait seul… Converser avec elle apparaîtrait alors comme un signe de folie quelconque ou d’égarement. « Si vous désirez que notre entretient se poursuive, je peux vous proposer de vous suivre, quelle que soit la décision que vous prendrez, bien que je vous recommande l’hôpital… Une chambre là bas est d’un effet très solennel et propre aux débats… et, je tiens à obtenir une réponse plus claire » Il y avait là-dessous une touche de sarcasme, qui jurait avec la douceur de son visage. Les ailes battirent, gênées par avance par la présence d’intrus dans la pièce. Ce qu’elle détestait le plus, c’était sans doute être touchée, voire traversée par certains d’entre eux, aussi évitait-elle bien souvent de se trouver plongée dans la cohue…

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MessageSujet: Re: He's a Cold Hearted Snake. [Libre ^^]   Lun 23 Juil - 23:42

Il sentait le regard de la gardienne peser sur lui, bien que peser ne soit pas exactement le terme adéquat. En effet, loin d'être déplaisant, il en venait à apprécier d'être jaugé ainsi, lui qui chérissait pourtant la discrétion. Et puis son regard était résolument différent de celui des individus qui le détaillaient habituellement. Souvent empli de rage, de mépris ou encore de désir ... Mais dans les yeux sombres de Julie, il ne lisait aucune de ces notions. Le sien s'avérait presque caressant et il n'y était guère habitué. C'était un fait : Edward aimait susciter l'intérêt, tel qu'il soit. Qu'on le haïsse, qu'on l'adule, qu'on le méprise, peu lui importait. Il suffisait simplement qu'on lui témoigne autre chose que de l'indifférence. Cette dernière constituait pour lui la pire insulte possible. Et cela prenait des proportions extrêmes : Il avait souri lorsque Kim avait tenté de l'étrangler. Elle n'était parvenue à l'ignorer et il avait éveillé chez elle une telle haine qu'elle en était venue à cette mesure pour le moins radicale. C'était la quintessence, l'aboutissement de l'intérêt qu'on pouvait lui porter, même si ce dernier avait conduit à un acte meurtrier qui avait failli causer sa perte. Il avait vraiment cru y rester. Suite et fin d'Edward K. Mais elle n'avait pas concrétisé son acte. Coup de chance ... Si sa pensée devait être résumée en une phrase, elle aurait pu être une citation d'Oscar Wilde "S’il est au monde quelque chose de plus fâcheux que d’être quelqu’un dont on parle, c’est assurément d’être quelqu’un dont on ne parle pas." Et rares étaient ceux qui pouvaient se targuer d'attirer l'attention d'une gardienne sans nécessairement être leur protégé. Du moins, il se plaisait à le penser. Question d'orgueil sans doute ... Tout cela était fort valorisant, mais étant un éternel curieux et possédant un esprit des plus cartésiens, il se devait d'y apporter une explication. Pourquoi ? La probabilité qu'il soit son premier protégé était excessivement faible compte tenu des quelques siècles qu'elle avait traversé. Elle avait du en voir défiler quelques uns, constituant ainsi un échantillon varié et donc passablement intéressant d'individus, tous différents. Et pourtant, il arrivait encore à capter son attention, ce qui selon lui, démontrait une seule chose : Il n'était pas ennuyeux et c'était là tout ce qui comptait. Après tout l'ignorance n'attestait-elle pas du caractère ennuyeux, insignifiant ou insipide d'une personne ? Il s'agissait là de la raison pour laquelle il répugnait l'ignorance. Elle découlait de l'Ennui dont on pouvait dire qu'il était le pire ennemi de l'anglais. Chose exaspérante, il ne parvenait à trouver une réponse à son interrogation. Elle viendrait peut-être au cours de leur conversation ... Une idée surgit dans son esprit : Et si elle était sa nouvelle gardienne ?! Non, impossible ... Elle paraissait tout aussi 'perdue' que lui et il pensait que si tel avait été le cas, elle le lui aurait signalé dans un tout premier temps et ne se serait pas égarée dans des dissertations sur le danger. Néanmoins, si cette hypothèse était juste, il lui semblait que leur 'cohabitation' aurait été plus aisée qu'avec Talya par exemple. Simple intuition ... Bien que ne s'y fiant que très peu, elles s'avéraient justes pour la plupart. Cette théorie éveilla chez lui une sorte de soulagement mêlé de frayeur. Alors cette liberté retrouvée n'était que provisoire ? En vérité, "ils" ne l'avaient pas lâché ? Retrouverait-il cette désagréable sensation d'être constamment suivi ? Il ferma les yeux un instant, tentant de chasser ses obscures pensées qui n'avaient peut-être même pas lieu d'être.

Suite à la réponse incohérente qu'il lui avait fournie, deux propositions s'offraient à Julie : La première, elle poursuivait sur sa lancée à elle, sans se préoccuper de l'intervention presque absurde d'Edward. La seconde, elle suivait son raisonnement à lui, bien que décalé, prenant en compte sa réponse. Et toute la question était là : Laquelle allait-elle choisir ? Plus encore que le contenu de la réponse de la gardienne, bien que déjà captivant, c'était sa décision qui intéressait Edward. Il ignorait ce qu'il pourrait en tirer et même si cela lui serait d'une quelconque utilité, mais l'envie de savoir sur quelle alternative se porterait son choix le tiraillait. Elle souriait toujours, bien que différemment. Qu'annonçait ce sourire ? Il pouvait cacher bien des choses ... Lors de l'étranglement, le sien marquait majoritairement son triomphe, son éclatante victoire sur Kim, mais également une appréhension et une horreur certaines. Il se trouvait à cet instant aux portes de la mort. Et toi, Julie ? Contre toute attente, elle poursuivit sur la réflexion décalée du jeune homme sans pour autant lui demander ses précisions sur ses paroles insensées. Elle l'approuva même. Comme lui, ses mots évoquaient un passé, à la différence près que les siens étaient plus explicites que ceux d'Edward. Le doute n'était pas permis : il s'agissait de son vécu. Lui énonçait tout cela avec un calme et une distance surprenante, à la manière d'une vérité générale s'adressant à tous, mais surtout à lui. Et toute la différence était là : Jamais il ne le mentionnait pour une raison bien simple : Il détestait revenir sur quelque chose et selon lui, il n'était jamais bon de remuer le passé, un passé qui pourtant se rappelait à lui continuellement que ce soit par l'intermédiaire de ses souvenirs liés au Clan ou de ses propres comportements dus à ses précédentes soirées ... Ce qui était fait, était fait. Il aurait aimé que dans 'la pratique', il en soit ainsi. Mais non. Il ne répondit rien. Qu'y avait-il à ajouter ? Leurs réflexions se rejoignaient parfaitement. Il ne savait pas si sa pensée était similaire à celle de nombreuses autres personnes puisque rares étaient les fois où il tenait ce genre de conversations. Bien qu'ayant valeur de jeu au même titre que le reste, il ne se livrait que plus rarement à des duels verbaux, tout aussi intéressants et bien plus subtils que leur homologue physique. Il était étrange de constater que lors de ce genre de confrontations où les deux adversaires sont sensés s'opposer, ils parvenaient assez paradoxalement à se mettre d'accord.

A défaut de l'entendre se rapprocher, Edward sentait cette présence rassurante que représentait la gardienne. Ce geste de sa part le surprit quelque peu. Bien sûr, en raison de son rôle, il était presque de son devoir de lui porter assistance. Mais il retombait inexorablement sur cette éternelle question : Pourquoi, alors que je ne suis vraisemblablement pas ton Mortel ? Edward abhorrait l'aide obséquieuse, celle qu'on prodigue aux infirmes et aux malades. Fort heureusement pour lui, Julie n'avait aucunement adopté cette conduite. Elle s'était contentée de lui faire quelques recommandations. L'hôpital ... Il ne l'avait jamais vraiment fréquenté du temps où il évoluait au sein du Clan. Deux fois, tout au plus. L'odeur aseptisée et les mouvements mécaniques de ses individus en blouse blanche, tous identiques lui avaient déplu. Mais il n'en était plus là. Se rendre là bas pour qu'on lui apporte un quelconque secours serait reconnaître implicitement qu'il dépendait d'autres personnes. Il était extrêmement futile de tirer des conclusions aussi hâtives et simplistes à partir de quelques toussotements, certes, mais une fois de plus l'orgueil s'en mêlait. Depuis qu'il avait quitté le Clan, il s'était conduit de manière totalement indépendante. Cela faisait plus d'un an, et jamais aucun obstacle ne s'était présenté en travers de son chemin. Aucun. Il avait toujours agi selon ses propres désirs et personne ne s'en était mêlé. Il avait fini par se conforter dans l'idée qu'il était parfaitement capable d'évoluer seul, sans le Clan, sans personne pour l'accompagner. Il se débrouillait parfaitement comme cela. Il fallait croire que cette vision n'était qu'illusoire ... Un simple 'accident' entraînant un début de remise en question qu'il se tuait à évincer. Alors Edward K., et si ta fuite, aboutissement d'un idéal de liberté et donc d'indépendance, n'était qu'une lubie d'adolescent, un de ceux que l'on repêche quelques jours après avoir passé le pas de la porte ? Finalement, tu fais partie de cette masse de jeunes crétins qui agissent sur des coups de tête. Ce n'était pas vrai, il avait tout calculé, avait mûrement réfléchi sa décision. Dans la vie du jeune homme, chaque élément se devait d'être contrôlé. Chacun de ses gestes était savamment mesuré, chaque parole, chaque acte. Tout. Il était même parvenu à un point où il arrivait à anticiper les réactions des personnes, les plus faibles, les moins intéressantes, les plus facilement manipulables, celles qu'il lui arrivait de côtoyer le temps d'une nuit. Il se plaisait à penser qu'à l'instant où les rouages de son esprit calculateur se mettaient en marche, il représentait cette force supérieure, en moindre mesure, qui allait dicter sa conduite dans un futur proche, durant l'espace d'une soirée. Soirée dont lui seul connaissait l'issue, vision de toute puissance extrêmement grisante. Mais si il y avait un élément que le jeune homme ne maîtrisait toujours pas, hormis son coeur toujours en maintenance, c'étaient les imprévus de son corps. Bien qu'ayant acquis un self control assez étonnant, son organisme lui réservait encore fréquemment de désagréables surprises. L'idée de ne plus contrôler jusqu'à son propre corps lui était proprement insupportable. Comme étranger à lui même, il avait la sensation qu'il se filait entre les doigts. Imbécile ... Toujours légèrement courbé, il se redressa avant de se retourner vers elle et de répondre, manquant cruellement d'assurance :


" Ce n'est rien. Tout passe. Il n'est pas nécessaire de se préoccuper pour si peu. Je ne tiens pas à aller à l'hôpital. Ailleurs, où bon vous semblera, mais pas là bas. "

Elle évoquait des personnes affluant dans ce lieu auparavant désert. Paradoxalement, elle ne l'avait pas contraint et forcé à se faire soigner et il apprécia grandement cette initiative. Mais qu'en serait-il des nouveaux arrivants. La panique s'empara du jeune homme et sa respiration s'accéléra à nouveau. Ses mots teintés d'ironie lui arrachèrent un sourire en coin : Non, le hasard n'avait aucune place. Il murmura un bref "Non aucune" conservant son ébauche de sourire. En temps normal, Edward occupait le statut de prédateur et fatalement ses éventuelles victimes de proie. Et cette maudite quinte de toux inversait totalement le schéma auquel il était habitué. Il était devenu le jouet de l'Imprévu, mais aussi son propre bourreau. Si le corps avait réagi de cette manière là, il en était le seul responsable. Cette situation le mettait en face de sa faiblesse et de son impuissance ... Il aurait été fort rassurant d'opter pour l'hypothèse du hasard, mais suite à leur discussion, il lui était impossible de valider cette option. Elle semblait vouloir obtenir une réponse : Sincérité ou flatterie ? Bien que ne la connaissant quasiment pas, il aurait opté pour la première proposition. Lui aussi désirait poursuivre cet échange et rester à ses côtés, non seulement parce que celui-ci le captivait mais aussi parce que pensant qu'il ne lui était pas lié, ses chances de la revoir étaient moindres. Il aurait été fort déplaisant que l'objet de son attention et de sa fascination lui échappe. Il haïssait poser ouvertement des questions trop explicites. Il était bien plus amusant d'amener l'autre à y apporter des réponses. Mais il n'en pouvait plus de ne pas savoir. Il répondit alors, sans animosité aucune, simple constatation :

" Vous l'aurez ... Pourquoi faites-vous cela ? Je ne vous suis apparemment pas lié et il me semble inutile de vous embarrasser d'un Mortel autre que le vôtre. "

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