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 Julie

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Julie
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MessageSujet: Julie   Mer 27 Juin - 2:06



| identité |


Jeune femme de 19 ans…
Paire d’ailes de 215 autres années…
Déclarée le 14 Juillet 1773 à Londres, Julia King est morte en 1792 en province française.
Julia King… Rose…
Pourquoi Rose ?
Sans doute pour celle, noire, accrochée à sa ceinture.



| physique |


Julia est une femme dont le caractère physique dominant est l’harmonie. Elle est dotée d’attributs flatteurs, bien qu’elle n’ait pas de taille mannequin, et d’un charme tout particulier. Elle a toujours eu une apparence plutôt sombre, ce qui ne correspond pas tout à fait à son esprit. Tout du moins pas de son vivant. Plus prosaïquement, on pourrait dire que c’est une agréable jeune femme d’1m70 et de 57kg, à la peau diaphane. Qu’elle possède une longue chevelure d’Onyx, souvent lâchée au grès du vent dans l’intimité, mais sobrement regroupée en société, qu’elle est la plupart du temps vêtue de vêtements d’un noir profond et relativement anciens auxquels s’accorde un regard sombre. Elle n’a aucun type particulier, en cela il est difficile pour elle de déterminer son origine. Sans doute la bâtarde d’un anglais et d’une femme orientale, qui a fini par vendre l’enfant à son époux…
Toujours est-il que son visage, d’ordinaire plutôt froid, peut se révéler d’une grande chaleur si elle est touchée par un être. Elle a un sourire tantôt doux tantôt mystérieux. Elle ne montre jamais ses mains, ni ses poignets.
C’est une jeune femme très aérienne, en dépit de ses couleurs dominantes. Ses mouvements, sa démarche lui donnent l’impression de flotter littéralement, d’autant plus depuis qu’elle est devenue Gardienne. D’ailleurs, sa nouvelle nature est venue parfaire la silhouette et l’harmonie de la jeune femme en la dotant d’une paire de grandes ailes noires, qu’elle ne prend pas la peine de cacher. Les plumes sont soyeuses et un peu brillantes. Celles d’un oiseau de mauvais augure, de prime abord. Elles sont pourtant capables d’absorber tant de peine… Elles ne furent d’ailleurs pas de mauvais augure pour ses anciens Mortels…



| moral |


Moralement, elle est, tout d’abord, d’une grande douceur. Dans ses gestes, mais également dans son attitude vis-à-vis des autres. Quels que soient ses rapports avec ses rencontres, que ça soit dans la révulsion ou l’intérêt, elle se montrera douce, et ne se démontera pas quoi qu’il lui en coûte. Elle n’a pas peur d’affronter les divers obstacles, toute femme soit-elle. Elle a une abnégation telle qu’elle ferait tout son possible pour parvenir à ses fins. Elle n’a pas vraiment de limite, si ce n’est celles de ses forces. Elle ne recule devant aucun moyen, dans le cadre de ses capacités. Etant, de son ancien état, prostituée, elle n’a absolument plus peur de se vendre afin de toucher au but. Tuer quelqu’un ne lui a jamais été demandé, mais sans doute l’aurait-elle fait si tel avait dû être le cas. En tout cas, ce fut une chance puisque sans cela on ne lui aurait sans doute pas offert de devenir Gardienne. Si son objectif devait se trouver à l’autre bout du monde, elle tenterait de le rejoindre, fusse-t-il à pieds.
Mais il ne s’agit pas là de son principal atout, elle est, de plus, particulièrement attentive à tout ce qui se trouve autour d’elle. Elle a un sens du détail qui l’aida beaucoup dans sa vie, comme dans sa « mort » Si elle ne partage pas ce qu’elle découvre, elle demeure néanmoins d’une analyse très fine qui lui permet de comprendre beaucoup de choses. Cela lui indique souvent comment agir. Mais son don d’observation ne se limite pas à cela. Elle est également tout simplement attentive aux gens. Et d’une grande écoute. Elle ne peut savoir comment se comporter avec eux sans cela. C’est l’une de ses principales qualités de Gardien.
A partir de là, elle cherche toujours quel est le mieux à faire pour avancer. Elle est ainsi très calculatrice, ce qui peut passer pour négatif, non sans raison. Plus que du calcul, cela se transforme de temps en temps en de la manipulation. Elle ne rechigne pas à mentir si c’est pour arriver à ses fins. Son but n’est que très rarement de porter atteinte, de quelque manière que ce soit, à autrui. Cela reviendrait à agir gratuitement, étant donné qu’elle n’a que très peu le sens de la revanche. Et il n’est pas dans les habitudes des gens calculateurs d’agir gratuitement. Ses techniques sont efficaces puisqu’elles sont d’une grande subtilité. Elle ne laisse jamais rien paraître de ses intentions. Et, souvent, ne demande même rien. Ce que les autres lui apportent, en réalité, ils l’ignorent. De cela découle donc un certain don d’actrice, qui tient tant de son ancienne profession, où les filles à personnalité valent plus, et où il est important de se cacher derrière un personnage pour tenir, que de son caractère manipulateur. Après tout, les acteurs ne sont-ils pas les plus fins des menteurs ?



| Elle n’a pas encore de nouveau Mortel |
|[ annah kaäs's ]|



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Julie
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MessageSujet: Re: Julie   Mer 27 Juin - 2:10



| 14 Juillet 1773 |


Les cris d’un enfant résonnaient sous la pluie. Un homme, une longue cape noire. Une petite église au cœur de Londres. Cinq heures A.M.. Le lourd heurtoir d’étain frappant le bois gorgé d’eau. A l’intérieur un craquement, puis une bougie… Et la lumière se fit.

« Qui va là ? » demanda la voix conciliante d’un ecclésiastique. « Qui va là ? »
L’homme trépigna, devant la porte. Il sembla hésiter, puis appella doucement. « Mon père, ouvrez-moi… »
« Qui est-ce ? » interrogea l’homme à la bougie, méfiant.
« Je ne peux pas vous le dire mon père » Murmura l’homme, son souffle plaqué à la porte, trempé jusqu’aux os. « J’ai besoin d’aide, mon père… »
Sous la capuche ses yeux flamboyèrent. L’homme à la bougie réfléchit, puis posa le bougeoir à côté de l’entrée, sur le bénitier. Il ouvra la lourde porte, de l’eau s’infiltrant dessous et vit…
« Par tous les saints qu’est-ce que c’est ?! »
Il se pencha précipitamment et ramassa le paquet au sol… C’était du paquet que venaient les cris. Instinctivement, l’enfant à l’intérieur, sentant de la chaleur, se blottit et tendit ses petits doigts potelés. Le prêtre regarda alentours, mais rien. L’homme dont la voix l’avait appelé s’était évanoui dans la nuit, et avait laissé l’enfant.
Une jolie petite enfant pleine de cheveux noirs…

Le prêtre s’occupa d’elle, bienveillant vieillard. Elle grandit à ses côtés, et ce jusqu’à l’âge de sept ans. Il la baptisa Julie, parce qu’il aimait la France et que ce nom-là lui évoquait. On la surnomma King, parce que l’église se trouvait juste à côté de Buckingam. Ainsi la petite orpheline devint Julie King, et bien vite elle devint la coqueluche de ce cartier de Londres. Tantôt jolie petite « brunette » délicate, tantôt véritable garçon manqué, à sept ans elle faisait dors et déjà partie du paysage. Cependant, cela ne dura pas. Par une nuit de l’hiver 1780, le vieux prêtre fut emporté, au choix par la maladie ou, information demeurée floue, par quelques « factions » protestantes…
On profita de sa mort pour mettre à sac les lieux, et détruire, enfin, la petite église. Derechef à la rue, la petite Julie survécu quelques temps eut égard aux bonnes grâces de ceux qui étaient, autrefois, les voisins de la petite fille d’église. Mais une fois encore la situation ne pu s’éterniser, et rapidement ils en vinrent à l’oublier. La fillette finit par se retrouver seule, et s’en sortit en chapardant quelque nourriture dans des cartiers plus sombres de Londres, petite âme du brouillard, en traînant en compagnie des autres Vagabonds de la capitale. Sa peau blanche devint grise, ses bras dodus s’amaigrirent, et son regard perdit de sa lumière. Cette lumière, jamais il ne la récupéra.
Un soir qu’elle traînait sur les vestiges d’un marché, elle fut repérée par un homme, un passant. La petite fille n’était plus que l’ombre d’un être humain, une « souris », mais si jeune fut-elle, et si sale, il n’en remarqua pas moins son potentiel. Après tout, tous les goûts étaient dans la nature, et il vit du premier coup d’œil qu’il pourrait en faire quelque chose.
Alors il lui parla. Puis il lui proposa le gîte et le couvert pour la nuit. La petite fille se montra méfiante, mais son estomac, grondant, répondit pour elle. Deux battements de cils et elle se retrouvait, dans la nuit brumeuse des tréfonds de Londres, à emboîter le pas de l’homme mystérieux. Chez lui elle mangea, puis elle dormit paisiblement. Son intérieur était chaleureux, ainsi que la bonne, une noire importée de Nouvelle-Angleterre, attentive. Lorsqu’elle se réveilla, le maître était partit, et la petite Julie se vit proposer des vêtements riches, adaptés à son sexe et son âge, puis un bon bain fumant. La fillette se montra plus réticente que pour la nourriture mais, une fois récurée en profondeur et correctement vêtue, elle retrouva bien vite les bonnes manières inculquées par le vieux prêtre. Le maître en serait enchanté, la bonne en était sure. Parce qu’elle était très discrète, la petite demoiselle. Elle était très discrète, puis elle avait toujours l’air d’écouter ce qu’on disait. Oui oui, pour ce que voulait le maître, c’était très bien, cela.

En réalité, le Maître était Lord Stevenson. D’origine Irlandaise, le Londonien, bien loin de sa patrie, qui d’ailleurs en son cœur ne l’était pas, n’avait de Lord que le nom. Il était proxénète, et tenait de nombreux établissements de par tout Londres. Maisons closes, tripots douteux, sales, ou salons d’un « standing » bien plus haut, noble… Il avait justement besoin de nouvelles recrues. En réalité, il ouvrait des salons littéraires, tentait de se faire connaître par les héritiers des « Lumières » Les auteurs français étaient à la mode, et beaucoup passaient par là, ce qui n’était pas sans intérêt pour les hommes tels que Lord. Ils apportaient en effet beaucoup d’argent. Tant par leurs consommation, l’argent qu’ils payaient pour mener une vie convenable, mais également parce qu’ils attiraient pas mal de curieux prêts à tout pour grappiller ne serait-ce qu’un trait d’esprit de l’une de leurs joutes verbales. Seulement, ces intellectuels étaient hommes avant tout, et bien vite l’idée de leur prodiguer quelque compagnie fut intéressante. Il ne pouvait pas leur apporter des prostituées, car trop vulgaires et sales. Non, il devait trouver de la chair fraîche à servir à ces messieurs. Et les petites créatures telles que Julie, l’homme en entretenait quelques unes déjà, attendant qu’elles ne grandissent un peu plus. Il était des salons sobres, où l’esprit prisait sur la chair. Mais les hommes passant le pas des portes de Lord savaient à quoi s’attendre.
Il usa du confort et de l'hygienne pour faire grandir un petit corps plein de santé. Julie, avec les années, s’étira un peu. Ses jambes se firent plus fines, sa taille accueillait à la perfection les riches robes de l’époque et ses corsets se remplirent tout doucement.
Elle n’avait pas achevé sa croissance lorsqu’elle fut, pour la première fois, insérée dans un salon. Lord avait scrupuleusement fait en sorte de l’écarter de la société jusque là, aussi ignorait-elle jusqu’au nom des hommes qui s’y trouvaient. Elle n’était qu’une compagnie, comme une ombre de Lord, qui à l’occasion secondait ‘Ma dans le service. Les esprits étaient toujours ravis de la voir s’incliner avec son plateau, dans ses hardes délicates. Elle finit par devenir l’une de leurs égéries, en particulier certains qui, dès leur entrée, quémandaient sa présence. Parce que oui, définitivement, cette petite créature écoutait bien. Quel joli visage elle avait lorsqu’ils parlaient et qu’elle buvait leurs mots ! Pourtant elle ne comprenait pas tout, même, quelques fois, elle était absente. Mais cela ne se voyait jamais. Et elle était vraiment belle, lorsqu’elle écoutait. A tout juste treize ans, alors que depuis deux ans déjà son corps avait fleuri, avec les bon soins de Lord et de ‘Ma, elle fut remarquée par deux poètes en particulier. Il étaient amis, n’avaient guère de talent, venaient tout deux de France et faisaient partie de la décadente et libertine noblesse des provinces françaises. Ils n’étaient pas très vieux, approchaient à petits pas la trentaine tout au plus. En tout cas, leur regard avait su garder sa fraîcheur. La petite fille s’amusait bien avec eux. Et eux appréciaient tout particulièrement sa présence. Un jour, l’un des deux hommes demanda un petit service au Lord. En réalité, bien qu’il n’y paraissait pas, il était plus riche que son compagnon, et avait le moyen d’amener une petite somme d’argent… supplémentaire. Lord réfléchit quelques temps, puis accepta finalement sa proposition.
Le soir même, alors qu’elle entrait dans le salon comme à son habitude, Julie ne fut accueillie que par Lord. ‘Ma non plus n’était pas là. Elle n’était pas très rassurée… Mais il y avait Lord après tout. C’était grâce à lui qu’elle vivait une vie saine. Elle le suivit donc sans méfiance, l’interrogeant sur l’absence des convives. Il lui répondit simplement que ce soir, le salon était fermé. Sans lui donner d’autres indications. Elle n’insista pas, bien que la surprise fut grande lorsqu’elle réalisa que c’était en réalité dans une petite alcôve, une chambre, qu’il l’avait menée. Là, il ferma la porte et entama de la préparer. La jeune fille se laissa faire, tout en posant des questions. Elle était habituée à ce qu’il s’occupe d’elle ainsi. C’était un peu un moyen pour lui de vérifier que tout était en ordre. Après l’avoir délestée du par-dessus de sa robe, ne lui laissant que jupons et tunique légère, il défit avec précautions ses cheveux de jais. Ils allèrent cascader dans son dos. Elle était vraiment mignonne, cette petite poupée. L’homme sourit, glissa sa main dans la crinière d’Onyx… puis déposa un baiser sur front. « Vous dormez ici cette nuit, My dear » Elle l’interrogea du regard, puis abdiqua et alla se coucher dans le grand lit.
Il ne lui fallut pas beaucoup de temps pour s’endormir, sous les caresses apaisantes et paternelles de Lord. Celui-ci, au bout de quelques poignées de minutes, lui faussa compagnie et s’en fut rejoindre le salon. Il n’était pas vide, cette fois. Non, le poète français était là. Sans son compagnon. Lord empocha une bourse pleine d’or, et le jeune homme pénétra dans la chambre sous son regard. L’homme ne regrettait pas son geste. Après tout, tôt ou tard il aurait prostitué la jolie petite Julie. Mais pour la première fois, elle valait toujours plus cher. Il aurait aimé la faire mûrir encore un peu… Les bénéfices auraient été meilleurs. Ca n’était pas grave, en fin de compte. Il avait d’autres petites graines, éparpillées dans Londres, qui attendaient leur tour.

Julie s’éveilla, surprise de sentir quelque chose sur son ventre. Il faisait noir. Elle attrapa la chose, et reconnu, dans l’obscurité, des mains qui déjà enserraient sa taille. Elle se cambra un peu pour se défaire de leur prise, avec un glapissement effrayé, mais ne put bouger. Elle était toute petite, et les mains si grandes…
Elle ne le reconnu pas aussitôt… Non, elle avait trop peur pour être attentive, cette fois. Elle n’avait rien d’autre à écouter que les souffles rauques et sonores de son bourreau. Ainsi que ses propres cris qu’elle n’arrivait pas à étouffer. Qu’à cela ne tienne il le faisait pour elle…
Cette nuit fut la pire qu’elle avait passé jusque là. Pire encore que celle durant laquelle le bon vieux prêtre mourût. Et elle fut longue… longue… Interminable nuit où ce petit corps endolori, trop fragile encore, trop faible, n’eut pas le moindre répit.
Et l’Aube arriva… Elle n’avait pas dormi. La porte était fermée à clef, alors elle s’était regroupée dans un coin sombre de la pièce, redoutant l’instant où l’homme s’éveillerait.
Finalement l’aube parût et éclaira d’une abominable lumière le lieu de ses souffrances. Ainsi que son bourreau. Celui-ci la trouva prostrée, le corps comme assoupis mais le regard fiévreux, haineux, fixé sur lui et tremblant de rage. Il se leva, son corps par trop adulte effrayant encore la fillette, et s’approcha d’elle pour poser une main sur sa tête qu’il ébouriffa, comme à un chiot. Il la remercia, et se leva. Ils étaient si différents, l’un et l’autre… si différents… c’en était horrible. Il s’habilla et s’en fut, presque précipitamment. Le regard qui ne le lâchait pas des yeux le mit mal à l’aise. Il avait la clef… la clef pour sortir. Elle pénétra la serrure, la fit grincer et l’instant d’après il n’était plus que l’entrebâillement d’une porte et une âpre odeur qui planait encore là…

Julie et ‘Ma rangèrent la chambre, et le soir même le salon se tint comme d’habitude. On habilla la petite fille qui ne cessait pas de pleurer. ‘Ma savait, et elle essayait de la réconforter, mais c’était sans issue aucune. Elle pleurerait toute la journée. Le soir même, bien que ses yeux soient encore rougis, et que des cernes tâchent ce doux visage de porcelaine, bien que ses lèvres fussent plus pâles que d’ordinaire, elle était bien là. Seulement, elle avait insisté pour revêtir du noir. Il y avait les deux poètes. En le voyant, la petite fille recula, et ‘Ma dû la pousser pour la faire entrer. Mais une fois à l’intérieur, elle joua son rôle. Ce fut la première fois de sa vie qu’elle devint une actrice. Ainsi, même si ses mains tremblaient lorsqu’elle s’approchait trop, ou que l’homme prenait un verre en son plateau, même si une ou deux fois elle échappa les plateaux… elle fit bonne figure et parvint même à sourire aux autres.
Cela dit, lorsqu’il attrapa son bras, qu’elle revit aussitôt la scène de la veille au soir, elle ne pu s’empêcher de glapir et de se défaire avec un geste brutal de sa prise. Le silence se fit sur toute la salle. Le compagnon de l’homme les regarda l’un, puis l’autre : Julie était presque tombée sur un convive en retombant, et l’autre, ah l’autre avait aux lèvres un immonde sourire amusé. Elle fondit en larmes et s’en fut, manquant la fin de la scène. Le compagnon de l’homme, alors que les autres personnalités présentes discutaient, l’interrogea, et celui-ci lui révéla ce qui s’était passé. L’autre déglutit, mi-répugné, mi-envieux… Il fronça les sourcils et fut penseur toute la nuit, quand son ami fut des plus loquaces.


?


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Julie
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MessageSujet: Re: Julie   Mer 27 Juin - 2:12

[suite............]

Les semaines passèrent, et Julie s’était un peu remise. Elle récupéra son maintient, grandit un peu plus, jusqu’au jour où Lord reçu une nouvelle bourse. Ce fut de force, cette fois, qu’il la traîna dans l’alcôve. Une fois sur place, pour pallier aux cris et aux griffures, il saisit le menton de la fillette et lui parla. « Ecoute-moi, my dear. Ecoute-moi comme tu sais si bien le faire. Voila… tu es si belle quand tu m’écoutes » Il la fit s’asseoir sur le rebord du lit et s’agenouilla. « Ecoute sweetie… A partir d’aujourd’hui, non… à partir de la dernière fois en fait, tu vas me rendre des services de ce genre de temps en temps. Ces messieurs sont intéressés. Ils désirent avoir avec toi des relations plus approfondies, et pour cela ils paient cher » Elle se débattit un peu, mais il la coinça « Ne bouge pas et écoute-moi. Tu n’as pas le choix, vois-tu. Il y en a des bien moins loties que toi. Dès qui font ce que tu vas faire cette nuit, mais toutes les nuits. Et celles-ci n’ont pas la santé, pas la chambres, pas les vêtements… Elles n’ont rien et font ça avec des inconnus dans le caniveau. Abandonne-moi, et c’est tout ce que tu pourras faire, sweetie » Il lui caressa le front, et y déposa un nouveau baiser. « Il arrive, tâche de te montrer douce ça… » Il chercha ses mots, puis haussa les épaules… « ...ça se passera plus facilement »
Et il disparut.

Elle attendit, seule, dans le noir, jusqu’à ce que des pas approchent. Elle entendit la porte grincer et ne vit que la silhouette élancée d’un homme. Elle recula, avec un frisson d’horreur, jusqu’à la tête du lit, et là, elle alluma une bougie qu’elle tendit entre eux comme une arme… L’homme laissa un rire doux lui échapper, et s’approcha. Il saisit la bougie ainsi que la main de la petite fille, mais sans aucune brutalité. Elle frissonna à nouveau, et le laissa écarter la flamme pour la poser dans un verre, sur une tablette. Il en alluma même une autre, et enfin son visage apparût. C’était le second. L’autre. Il lui sourit, puis l’observa. Elle était véritablement jolie, plus sauvage ainsi… Avec ses cheveux éparpillés dans son dos. Il y glissa une main puis hocha la tête et déposa, comme Lord, un baiser sur son front. Elle trembla et ferma les yeux, peinant à déglutir. Elle tremblait tant qu’elle aurait été incapable de tenir ne serait-ce qu’un verre… Il le vit et l’apaisa d’un mot ou deux. Elle leva les yeux et, contre toute attente, l’écouta. Il lui parla un peu. Il lui parla de lui, de la France. Durant une bonne partie de la nuit. Et elle l’écoutait. C’était comme au salon, sauf qu’ils étaient seuls et que c’était à elle qu’il parlait. Plusieurs heures s’écoulèrent. Il avait simplement ôté ses bottes et s’était allongé à côté d’elle.
Elle finit par se trouver en confiance. Les bougies étaient presque totalement consumées lorsqu’il la regarda… différemment. Il s’approcha d’elle, soudain silencieux, puis aventura une main sur son petit ventre. Elle frémit à nouveau, mais ne glapit pas comme avec l’autre. Il approcha sa bouche de l’oreille de la petite fille et lui glissa de ne pas avoir peur. Elle tremblait tout de même, mais ne montra nul signe de résistance. D’une main, il arriva à l’approcher de lui et l’allongea sur le grand lit, arrangeant ses longs cheveux.

Le lendemain au soir, elle pu tenir le plateau sans l’échapper, et ne trembla pas lorsqu’au hasard du service la main de l’homme effleurait la sienne.

D’autres payèrent. Certains plus violents que d’autres, mais dans tout les cas, ça se passa plutôt mieux de mois en semaines… en nuits. D’autres fillettes avaient rejoint le salon, ce qui lui permettait de se reposer, certains soirs, et la dispensait à la fois de salon et d’alcôve. Quelques années passèrent ainsi. Elle s’habituait à son mode de vie, qui était, somme toute, celui de la plupart des orphelines de Londres. A la différence près que les autres n’avaient pas la chance de savoir à l’avance quels étaient leurs clients. Elle intégra l’idée de profit, celle de rôle, et bientôt elle eut une identité à elle. Elle était la Française. Celle qui était la plupart du temps vêtue de noir. Bien entendu, elle ne venait d'aucune province francophone, mais son prénom le laissa croire, et elle en joua un peu. Les deux poètes fréquentaient toujours les lieux… Jusqu’au soir où des éclats se firent entendre alors que Julie n’était pas là. Ils parlaient d’elle. Elle demeurait leur égérie. Ils rivalisaient même de poèmes à son sujet. Mais un soir, le premier se vanta d’avoir défloré la petite créature, ainsi que de la manière dont ça s'était passé. L’autre, scandalisé, se montra pour le moins agressif à son encontre et bien vite, l’alcool aidant, ils se retrouvèrent dehors, l’épée à la main. Le doux tua le rude, puis pris la fuite. Le lendemain au soir, Lord vint voir Julie tandis que celle-ci revêtait une jolie robe noire. Elle était sans cesse en deuil de quelque chose. Il se pencha face à elle, et haussa les épaules.

Le 25 janvier 1788, il la vendit au jeune français, qui pour l’obtenir se ruina littéralement. Il n’avait plus de quoi vivre en Angleterre. Il emprunta un peu et l’emmena partout avec lui durant quelques mois qui furent doux à la jeune femme. Elle retrouva, de temps à autre, la rue qu’elle avait quitté à sept ans… Mais n’était plus seule pour l’affronter. De jour en jour, cet homme se révéla un bon maître. Puis un homme attentionné et en fin de compte se mua en un véritable compagnon. Depuis bien longtemps déjà elle ne souffrait plus des nuits passées dans l’alcôve. Mais pour la première fois elle y trouvait du plaisir.
Seulement, un jour, alors qu’il avait reçu un courrier de sa famille, apprenant que son père se mourrait dans le château familial en France, et que chez leurs gens la rumeur montait, il apprit à Julie qu’il n’avait d’autre choix que de rentrer chez lui. La France telle qu’il la lui avait décrite, elle mourrait d’envie de s’y rendre, mais il lui dit ne pas vouloir l’y emmener. Elle pleura, l’embrassa, tenta toutes sortes de cajoleries pour le retenir, mais il y resta insensible et lui dit : « Non, Julie… Non. Le climat est trop tendu. Tu connais Londres, tu y as eu des clients et il serait moins dangereux pour toi d’y vivre que de vivre à mes côtés » Sans compter qu’il n’avait pas l’intention de ramener une catin à sa mère en guise de bru…
Il ne le lui dit cependant pas, et prit le premier bateau pour le Havre.

Elle erra quelques mois dans Londres, effectuant toujours la même profession, cette fois sans la moindre assurance d’un quelconque paiement. Elle souffrit davantage, blessée, brisée par la délation de son compagnon, mais aussi dans le cycle de déchéance dans lequel elle s’imbriquait. Finalement, à force de besognes et de privations, elle amassa une certaine somme d’argent, et embarqua à son tour, en dépit des mises en garde de l’homme, pour débarquer au Havre. De là, payant tant bien que mal ses informations, elle rechercha la trace de l’homme. Cela lui prit plusieurs jours, à écumer les échoppes et les registres, dans un français plus que rudimentaire, jusqu’à ce qu’enfin elle ne trouve une piste. De fil en aiguille, elle avança dans l’espoir de le rejoindre, enfin. Le 14 Juillet 1789, elle se trouvait à Paris. On la mit en garde, des femmes, surtout. Elle vit tous ces gens, si semblables au peuple londonien, fondre dans les ruelles et tout dévaster, jusqu’à enfin mettre à bas la Bastille. Tant de sang… Tant de mort…
Non loin de là, épargnée par les affrontements, elle s’était réfugiée dans un recoin pour y vomir de dégoût. S’essuyant les lèvres d’un revers de main, de longues mèches de ses cheveux ondulant autour de son visage défait, elle toussa, la gorge acide, alors qu’un homme qui passait par là ne l’harponne. Elle se releva dignement, du moins tant qu’elle le pu, et lui fit face. Manifestement séduit, il s’accouda à un mur et admira le spectacle qui se déroulait dehors. Il était dans le camp des vainqueurs… Dans quel camp était-elle… ? Elle secoua la tête « Je… je suis… Eng… Anglaise » Balbutia-t-elle en guise d’excuse pour les difficultés à venir. Elle n’était pas capable de tenir une discussion avec un français, bien qu’elle comprenne ce qu’il lui racontait dans les grandes lignes. Elle se contenta de soupirer, et de jeter un regard, dehors… « C’est mon… mon anniversaire » L’homme s’exclama. Mais quel jour merveilleux pour un anniversaire ! Et il l’entraîna à sa suite fêter leur victoire et les seize printemps de la demoiselle.

Il lui fallu quelques années de plus pour parvenir jusqu’à la province de son aimé. Elle était exténuée, mais arriva juste à temps pour assister à une scène qu’elle n’aurait pas soupçonné. Elle parlait désormé un français plus que correct et pu expliquer sa situation. Quelle n’était pas son erreur ! Les révolutionnaires ici avaient gagné un pouvoir incommensurable, et c'était une pluie de têtes qui tombaient. Toutes personnes noble, ayant frayé dans la noblesse ou tout simplement s'opposant à la masse révolutionnaire était guillotinée. La jeune femme fut incarcérée dans un sorte cachot, visitée de temps à autre par des paysans séduits par son accent anglais et sa physionomie qui avait eu durant le voyage le temps de se développer.

Une nuit, on jeta un homme dans sa cellule. « Plus de place » maugréa le garde. Elle se leva, le nouveau venu à ses pieds, dans le noir, et recula un peu. Il était blessé, l’homme était blessé, regroupé à ses pieds. Elle se baissa et le fit rouler sur le dos. Elle approcha son oreille de sa bouche pour l’entendre respirer difficilement. A un moment, il bloqua sa respiration. Elle se redressa un peu, surprise, ses cheveux défaits caressant le visage du prisonnier. « Ton odeur », lui dit-il en anglais. Elle fut plus surprise encore. Tant par le dialecte que par la voix. Après avoir fait un bond, elle se précipita sur lui et l’enlaça de toutes ses forces. Bien que blessé, il lui rendit son étreinte et enfouis son visage meurtri dans la chevelure de sa catin londonienne. Elle avait toujours cette odeur de rose. Il voulait lui en offrir, il voulait rentrer à Londres et voir cet ami, celui-là qui avait disparu et n'était pas rentré au pays.
Il délirait, plongé dans une sorte de folie par les coups qu’il avait reçus. En réalité, il avait succédé à son père à la tête du domaine, et s’était opposé à la distribution de ses terres. Aussi avait-il été « puni ». Son procès arrivait à grands pas. Et comme tous les procès de ce type, il n’y avait pas d’appel aux décisions d’un juge acheté. Autrement dit, sitôt qu’il avait été jeté là-dedans, l’homme était comme condamné à un rencart avec « dame guillotine »

Elle insista pour être présente au procès, et elle obtint gain de cause grâce à deux trois caresses de tout genre. Les fers aux poignets, ses cheveux défaits et sa robe noire en lambeaux, elle était là, derrière lui comme une ombre percée de lumière. Lorsque la sentence tomba, elle se mit à pleurer, et n’eut de cesse de pleurer alors qu’on les menait tous dehors. Les badeaux se pressaient pour ne rien manquer du spectacle. Juste avant de monter, il se pencha vers elle, le regard brillant, et lui glissa « je voulais offrir des fleurs à une britannique » dans un anglais encore fin bien qu'il soufflât ses mots.
Il monta, s’allongea… Et sous ses yeux il inonda de son sang la place. Elle poussa un hurlement déchiré qui se mêla aux vivats, et s’effondra quand tous autour d’elle trépignaient. Elle se débattit pour ne pas suivre ses gardes, mordit, griffa, tendit ses mains enchaînées vers son amant défunt, mais rien n’y fit et bien vite le seul moyen de la calmer fut un peu de poudre et cette petite pièce de cuivre qui traversa son sein. Les armes de l’époque n’étaient pas bien précises…





Une vie de débauche, une profession loin des honneurs.
Et pourtant, une seconde chance.
Elle ne fut pas transformée en ange.
Si ce n’est une créature déchue à qui, enfin,
L’on offre le pouvoir de se racheter.

Les ailes furent donc aussi profondes et noires que l’obsidienne.


~: A l'autre vie... :~



?


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Julie
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MessageSujet: Re: Julie   Mer 27 Juin - 2:15

| Elle est morte. |



Jusque là, ses Mortels furent au nombre de six. Le premier un soldat français, dans les plaines au retour de Russie, sous le commandement de Napoléon Bonaparte. Cet homme était loin de sa famille, venait de recevoir une lettre morbide dans laquelle on l’informait de la mort en couche de sa jeune épouse, ainsi que de sa descendance. Il venait de manger son cheval, de se servir de ses entrailles comme de couffin pour tenir en vie… Et c’est alors qu’elle lui apparut. Il crut d’abord être devenu fou, mais bien vite il se rendit compte qu’elle seule pouvait réchauffer son corps dans un froid à lui dévorer les membres… Grâce à elle, il ne perdit que trois orteils… Et surtout…. Surtout elle su entretenir en lui suffisamment d’envie de vivre pour que l’homme ne se laisse pas dépérir.
Elle prit goût à cela. Lorsqu’elle accompagna cet homme sur le pas de sa porte, qu’elle le vit étreindre ses parents et ses sœurs, pleurant à chaudes larmes… Lorsqu’elle le vit, jeune, en bonne santé et capable de repartir en dépit des horreurs qu’il avait vues… Que son visage, s’il porterait toujours les stigmates de cette guerre et de ce qu’il avait du faire pour vivre… Que ce visage pouvait retrouver le sourire, elle connu le plus grand bonheur de toute son existence.
Avant de partir, il revint sur ses pas, demandant une minute à ses parents en prétextant avoir besoin d’une minute pour savourer son retour… Et il lui refit face. Il n’y avait pas un bruit, ils étaient loin du fracas des canons… Le soldat, plus grand qu’elle, mais ridicule par rapport à ses ailes de jais, leva une main et la glissa sur le visage de sa Gardienne. Il se pencha un peu et déposa un baiser, léger, sur ses lèvres. Il n’y avait pas d’amour entre eux, mais c’était un « merci ». Il garda sa main, encore un peu bleuie, sous le menton de la jeune femme et lui dit « Surtout… Surtout continue. Ne laisse personne mourir… »
Elle ferma les yeux, et l’homme fit volte face, son uniforme d’officier virevoltant dans son sillage.
Tout à coup, elle sentit son poids se réduire… De ses pieds monta un courant d’air, qui souleva ses vêtements, ses cheveux flottant doucement. Le vent fouettait l’étoffe, la robe victorienne claquant comme un drapeau. Elle déplia ses ailes.
L’homme se retourna une dernière fois. Il sembla la chercher du regard. Elle lui fit un signe de la main mais… il haussa les épaules et, un regard un peu attristé aux lèvres, s’en fut sans un mot.

Après lui, elle s’occupa de différentes personnes, plus ou moins connues. Le hasard faisait si bien les choses que lorsque ce n’étaient pas ceux qui, comme le soldat, faisaient partit du « camp » lui ayant ôté la vie, c’étaient précisément d’artistes, les mêmes que ceux qui hantaient les salons où elle exerçait, qui se trouvaient sous sa protection.

Après le soldat français, elle s’occupa d’un enfant noir qui travaillait en Nouvelle-Angleterre. Elle était à l’aise dans ce milieu, ayant grandi avec ‘Ma. Elle sauva le petit garçon des bourreaux qu’étaient ses maîtres… Et il fut, en fin de compte, affranchi grâce à son aide et ses idées. Elle joua avec lui de ses talents d’examinatrice et de manipulatrice afin de tirer profit de tous les évènements et, de fil en aiguille, le petit garçon devenu jeune homme s’en trouva sauvé. Lui aussi finit, un beau jour, par ne plus la voir. Ce jour là, il s’en fut, affranchi, mais sans la moindre idée de ce que lui réservait son futur. Elle aurait aimé le suivre un peu plus. Le monde était particulièrement raciste, et elle craignait qu’à nouveau il ne souffre, en Amérique du Sud. Mais il avait de l’ambition, et rêvait de monter en Amérique du Nord, où, paraissait-il, les gens étaient plus ouverts. Il voulait écrire, elle lui avait appris. Ecrire en anglais, mais aussi un peu en français. D’un esclave elle avait fait un artiste libre…
Lorsqu’elle le laissa, elle comprit qu’elle n’avait eu comme mission que de lui sauver la vie… pour un lapse de temps seulement. Elle comprit qu’elle avait éduqué le jeune homme, et qu’elle l’avait, par là même libéré. Sa mission prit avec lui un tournant.

On la chargea également de s’occuper d’un très célèbre poète français. Pas de son vivant du moins. Enfin, pas célèbre de son vivant. Il ne s’agissait ni plus ni moins d’un « certain » Baudelaire. Elle eut beaucoup plus de difficulté avec cet homme, sans doute parce qu’il lui rappelait trop ces poètes croisés de son vivant… Il était réticent, la dénigrait bien souvent… Elle craignit vraiment d’échouer, à son contact, tant son « Spleen » était prenant. Elle tentait de mettre en lumière l’Idéal de l’homme, mais n’y arrivait pas. Non, elle n’avait pas les connaissances, ni les idées pour cela. Elle avait peur de sombrer. Elle ne voulait, en fait, pas voir de fin à ses missions. Comme le lui avait dit le soldat, elle devait continuer. En réalité, ce français lui donna l’impression de perdre son temps. Ce n’est qu’au bout, alors qu’à sa tablette, alors qu’elle était installée sur un sofa dans son dos, il parfaisait l’un des ultimes poèmes de ce qui devait devenir les fleurs du mal, qu’il se tourna vers elle.
« Spleen ou Idéal ? » demanda-t-elle d’une voix morne, ses ailes se pliant et se dépliant à un rythme régulier…
« Spleen » répondit-il avec un sourire énigmatique.
« Toujours le Spleen. Tu touches au bout, Charles… il vaincra donc ? »
Il garda le silence et haussa les épaules, puis sourit de plus belle. « Tes ailes sont noires, Julie. Douce Julie, à l’accent anglais… Tes ailes sont noires, tu es toute de noire vêtue et tu rejettes mes poèmes qui parlent de noir ? » Il lui tendit le brouillon, ce qu’il ne faisait jamais. « Je viens de le terminer, lis. La dernière partie s’appellera La Mort… J’hésite encore pour ce qui est du titre… »
Elle acquiesça et, toute étonnée de ce qu’elle tenait dans ses mains, lu à haute voix.

« Sous une lumière blafarde
Court, danse et se tord sans raison
La Vie, impudente et criarde.
Aussi, sitôt qu’à l’horizon

La nuit voluptueuse montre,
Apaisant tout, même la faim,
Effaçant tout, même la honte,
Le Poëte se dit : ‘Enfin !

Mon esprit, comme mes vertèbres,
Invoque ardemment le repos ;
Le cœur plein de songes funèbres,

Je vais me coucher sur le dos
Et me rouler dans vos rideaux,
Ô rafraîchissantes ténèbres !’
»

Elle releva ses yeux d’Onyx et lui sourit « Ton Spleen me parle d’Idéal… Ton sonnet me parle d’une journée » Il parût surpris.
« La Fin de la Journée… Qu’en dis-tu ? » Suggéra-t-il. Elle lui sourit. Il était apaisé. Oui cet homme finirait sa vie dans le Spleen. Mais… Mais la fin de sa journée, il s’en languissait moins. C’était un moindre mal. Elle sourit… « Au revoir, rose noire… » Le vent agita ses cheveux… Elle s’allégea.


Les deux suivants furent des soldats. Le premier était allemand, et à deux reprises, elle dû lui sauver la vie. Il vit deux guerres, il tirailla l’Alsace et la Lorraine à la France par deux fois. Cet homme lui enseigna l’allemand. Mais il lui enseigna aussi beaucoup en matière d’humanité. Certes, elle en savait beaucoup déjà… Mais l’humanité du soldat était quelque chose de particulier. Ces hommes étaient plongés dans un désespoir profond… Suivit un anglophone, enfin… Un aviateur durant la seconde guerre mondiale. Un Londonien.
En 30, l’allemand, juif, émigra aux Etats-Unis, sentant déjà monter l’antisémitisme, et sur les conseils de sa Gardienne. A croire qu’il s’agissait-là de sa seule véritable mission… Lui épargner cela… Dieu est omniscient et devait juger préférable de lui épargner les quelques années à venir… En 50, le pilote se remit lui aussi des spectacles qui le dégoûtèrent du genre humain. Il alla jusqu’à, en dépit de son appréhension du futur, en dépit de ce que souleva le procès de Nuremberg, procréer… Et si c’est dans un aéroport qu’elle laissa son juif allemand, ce fut à terre, et dans les bras d’une petite femme éperdue qu’elle laissa son périlleux pilote de chasse…


2002.
L’homme est un peu renversé dans son fauteuil. Son intérieur est délabré. Elle a du mal à le tenir en forme. Près de l’accoudoir, il y a les boites de pilules bleues. Dans le pesant silence de l’appartement, seul le claquement feutré des ailes de jais. Elle est à ses côtés. Cet homme, elle ne comprend pas. Elle n’a, et n’aura jamais le pouvoir de le sauver. Alors, pourquoi se trouve-t-elle là ?
Il est d’une maigreur terrible. Sa peau est parcheminée, il n’a pourtant qu’une trentaine d’années. Tout juste une trentaine d’années. Lorsqu’elle l’a trouvé, cet homme était simplement affaibli. Il devait subir une opération du genou. Somme toute rien de terrible. Il était Américain. Elle le rencontra à l’hôpital, au sortir d’une prise de sang. Elle le rencontra à l’instant même, en 1995, où il apprit la nouvelle. Lui voulait mourir, il avait peur. Il avait peur et il ne voulait pas affronter un temps vain à ses yeux. Mais elle mit tout en œuvre pour le convaincre et de fil en aiguille parvint à un résultat probant. Elle lui donna la force de combattre… Et pourtant, personne ne perdait plus espoir qu’elle-même. Elle n’était pas médecin, n’était érudite que grâce aux propos de ses poètes… Mais elle avait en l’âme humaine une grande connaissance. Il ne s’agissait pas de psychanalyse ou de quoi que ce soit. C’était une sensibilité, une habileté à jouer avec cela.
Elle était accroupie, les coudes appuyés au bras de son Mortel. Les années passant, il s’était tissé entre eux deux une véritable tendresse. Cet Américain, avec le premier de tous ses mortels, fut sans nul doute celui qui fut le plus proche de la rose noire. Mais lui… Il ne vivrait pas. Elle ne tiendrait pas sa promesse, avec lui… Non. Elle n’était pas médecin… Elle n’était pas médecin et pour elle le V.I.H. n’était qu’une triplette de lettres bien macabres. Elle leva un regard doux vers lui, anachronique dame victorienne dans le salon de l’Américain… C’était un poète. Un véritable poète, incompris, incompréhensible. Il était rejeté par tous, il faisait peur. Il était l’un de ces enfants galeux que le créateur livrait à la peste moderne. Il était gay, il était sensible, créature, créateur. Mais il mourrait, à petit feu.
Ce soir là, il n’avait pas mangé, et ils somnolaient tous les deux, presque l’un contre l’autre. Si elle avait eu la place, elle se serait glissée contre ce corps malade pour lui insuffler de la chaleur, encore un peu de chaleur pour qu’il tienne. Elle se contenta d’appuyer sa tempe au bras de l’homme, tout en glissant ses doigts entre les siens. Elle les serra pour ne pas les lâcher. Et lui leva une autre main pour caresser son visage, doux visage. « Ma voluptueuse Rose Noire… Penses-tu que mon nom sera tout aussi clamé que celui de ton Beaudelaire ? » Elle secoua la tête pour le rassurer, mais ne parla pas. « … Bien, je suis heureux » Il le lui disait souvent, comme si mourir lui était agréable. Mais mourir comme cela… Ca n’avait plus rien d’humain. Elle regrettait presque, tant ses souffrances étaient grandes, de l’avoir empêché de mourir plus tôt. Son combat avait été inutile, et dès le départ c’était clair. Mais elle s’était obstinée. A quoi bon ? Le rôle du gardien était-il de faire souffrir son mortel ? Plus longtemps.
Elle se mit à pleurer doucement, en silence. Il remarqua néanmoins ses larmes et l’obligea à le regarder. Ca lui était difficile… Elle avait presque l’impression de le voir se décomposer encore. « Ne perds pas tes forces… » Il fronça l’endroit où, autrefois, se trouvaient encore des sourcils. A présent cette zone était aussi blanche et fripée que le reste de son corps. « … Ce sont aussi mes forces qui fuient dans tes larmes » Aussitôt, elle arrêta. Elle glissa ses bras tout autour de lui et le serra contre elle. « Tu sais… » poursuivit-il… « … je crois qu’en fait tu ne devais pas me sauver. On ne peut plus me sauver. En fait, je crois que tu devais… simplement me rendre humain » Elle le regarda, passablement surprise, puis se blottit plus confortablement contre lui.
Il tint deux ans de plus. Un matin, en 2004, l’Américain s’était levé, étonnement plus tôt qu’elle, et avait préparé à manger, appuyé sur sa canne de tout son poids. Il avait fait du café. Il avait même fait des pancakes. Elle avait, chez lui, un clic-clac où dormir. Lui passait tout son temps dans son fauteuil, qu’il reversait. Elle s’éveilla, surprise. Enfilant une chemise au dos découpé, ailes obligent, elle le rejoignit pour voir avec stupéfaction l’homme en pleine action. Un sursaut de vie. Elle en fut très heureuse. Il lui dit qu’elle était belle, il l’appela « Ma chérie ». Il déposa même un baiser à la commissure de ses lèvres. Elle était décoiffée, pieds nus, jambes nues, et son estomac, bien qu’elle ne ressentisse pas la faim, elle ne pouvait empêcher le désir que faisaient naître les arômes de ce qu’il préparait de s’emparer d’elle. Il lui dit « Merci » dans un bon français bien articulé, puis lui prépara un plateau et poussa un soupir. Elle tendit une main pour saisir quelque chose lorsqu’il lui donna une tape pour l’en empêcher. Il lui dit d’aller prendre une douche. Elle abdiqua. Ca ne lui était pas nécessaire non plus, mais tout comme le fait de dormir, celui de manger, elle avait pris ces habitudes, pour accompagner l’homme et le pousser à continuer. Elle hocha la tête et se dirigea vers la salle de bain lorsqu’il l’appela. Elle se retourna, ses ailes battant légèrement, ses cheveux masquant la moitié de son visage et sa chemise glissant de son épaule, quand il fit avec ses mains un cadre, comme pour prendre les mesures d’une esquisse. Finalement, il abaissa ses mains. « Tu me donnes envie d’écrire un poème… » Il éclata d’un rire plein de vie. « … ah ! Si seulement je n’étais pas gay ! » Elle secoua la tête avec un sourire excédé, puis s’en fut sous la douche.
En sortant, alors qu’elle enfilait à nouveau la chemise blanche, ses cheveux alourdis d’eau bouclant autour de ses traits en noir et blanc, elle se sentit allégée. Avec un glapissement surpris, elle regarda ses mains, puis se sentie se glacer. Aussitôt, elle se rua dans le salon et le vit, étendu au sol. Il n’était pas inconscient, mais il peinait à respirer. Il ne pouvait plus parler, s’étouffait en quintes de toux, manquait de vomir à chaque instant…
Elle le tourna sur le côté le caressait de toutes parts, retrouvant la tendresse de son état initial, et pleurait. Elle s’allégeait, s’allégeait.
« Non, je ne peux pas partir maintenant… »
« Ca n’est pas toi qui part… Merci pour cette humanité… Merci d’être encore… là… »
Et ce fut dans le même instant que l’un et l’autre disparurent.

L’Américain lui avait appris autre chose… Son rôle ne se limitait pas à préserver la vie. Il était question d’humanité, de survie intérieure. Il était question de l’âme et de sa force… Il était question de dignité, de présence… L’Américain, les Soldats… Ce poète déclaré maudit qui au Spleen s’abandonne, créateur dans l’éternel… Ce gosse, sortit d’une sous-humanité pour lever fièrement la tête face à ses semblables.

Elle était humble, la Rose. Julie, la Française. Petite prostituée Londonienne. Elle était humble, mais elle était archange de l’humanité… Prête à combattre avec ses propres armes pour la sauver là où elle flanchait. Pas un ange, car pas de message à délivrer…




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MessageSujet: Re: Julie   Mer 27 Juin - 20:00

Mademoiselle Julie, voici une fiche exceptionnellement longue, qui convient d'être bien lue ^__^
J'en frémi d'avance, mais n'ai pas le temps là tout de suite. Je te demande donc de patienter encore un peu, je vais étudier ta fiche ce soir ou demain ^^

Bienvenue en tout cas et bravo pour la performance !
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Julie
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MessageSujet: Re: Julie   Mer 27 Juin - 21:00

pas de soucis, je patienterais ^^
et désolée pour la longueur... mais c'est la faute de tous ses mortels Rolling Eyes

[l'excuse]

enfin, j'arrive plus à faire de fiches en dessous de 9 pages... --' jdois avoir un problème je pense lol

[c'est annah, hen ! ^^]
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MessageSujet: Re: Julie   Jeu 28 Juin - 6:22

Ptain Shocked

En tout cas très belle mise en page.

*Aspho' en coup de vent*

(mais j'ai fait des fiches plus longues What a Face)
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Dieu
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MessageSujet: Re: Julie   Lun 2 Juil - 13:38

Parfait,

FICHE VALIDEE
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MessageSujet: Re: Julie   

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